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Friday, May 19, 2017

Citation du 20 mai 2017

Chez l’homme (…) « le plaisir peut se détacher de l’utilité biologique. Il était un signe, il devient une fin. »
Gaston Berger – Traité d’analyse du caractère (cité par Lucien Jerphagnon – Le caractère de Pascal)
Les philosophes sont des gens très précieux lorsqu’ils conceptualisent, ou simplement qu’ils généralisent comme ici.
Certes, on est habitué à considérer que chez l’homme le plaisir est distinct de celui de l’animal dans la mesure où il peut être détaché de sa fonction biologique pour être recherché pour lui-même ; mais on ne considère habituellement qu’un cas : celui du plaisir sexuel. On dit alors que chez les bêtes le sexe est recherché pour la jouissance mais aussi pour la procréation, raison pour la quelle il est limité à la période de rut. Le reste du temps, les animaux s’ignorent totalement. Plaignons les tourterelles, qui ne baisent qu'au printemps! disait Ninon de Lenclos.
Seulement prenons garde au fait que :
1 – Le plaisir quel qu’il soit est certes attaché à un besoin (l’appétit pour la faim ou le plaisir de boire pour la soif), mais il peut aussi en être détaché : le gourmand (ou le gastronome) peut éprouver du plaisir à manger sans faim ; ou encore le « boit-sans-soif » qui recherche l’ivresse.
2 – Beaucoup d’hommes – et peut-être tous de nos jours – considèrent que le plaisir est suffisamment bon pour être recherché pour lui-même et non comme signe dont il convient de tenir compte, et puis ensuite de l’oublier. Il serait quand même utile de penser que cette alternative existe, et qu’il n’est pas forcément indispensable de stimuler le plaisir au-delà des besoins.
--> Oui, mais alors : si ce n’est plus au plaisir indéfini que nous aspirons, que devrions-nous rechercher ?
Jerphagnon dont nous citons ce passage fait référence à Pascal : celui-ci considérait qu’éprouver du plaisir était un mal s’il avait été recherché pour cela ; et ce vice s’appelle « sensualité ». On devine que cela fait obstacle à la recherche de la vie pieuse et au souci du salut de l’âme.


… Allez dire au monsieur ou à la dame que vous croisez à l’hyper le samedi matin qu’ils feraient mieux de rester à prier au pied de l’autel plutôt que de reluquer les roastbeef ou les pots de Nutella : vous allez en entendre de belles !

Sunday, December 25, 2016

Citation du 26 décembre 2016

Manger est humain, digérer est divin
Charles T. Copland
Monsieur Purgon : « Et je veux qu'avant qu'il soit quatre jours vous deveniez dans un état incurable. (…) Que vous tombiez dans la bradypepsie. (…) De la bradypepsie dans la dyspepsie. (…) De la dyspepsie dans l'apepsie. (…) De l'apepsie dans la lienterie. (…) De la lienterie dans la dysenterie. (…) De la dysenterie dans l'hydropisie. (…) Et de l'hydropisie dans la privation de la vie, où vous aura conduit votre folie. »
Molière Le malade imaginaire Acte III, scène 5

La Citation-du-jour dans son souci de vous prendre là-où vous êtes – au ras des pâquerettes – pour vous mener jusqu’aux cimes les plus élevées, vous propose un ballade depuis l’intérieur de votre estomac jusqu’à la méditation concernant le Souverain Bien.

Digestion I
Nous y voici ! Entre deux réveillons, après les lourdeurs de la bombance d’hier on songe que le pire est peut-être à venir… Nous savons que les lendemains de fête déchantent, parce que l’estomac peine à digérer. Dyspepsie ! Il faut lire Molière pour retrouver la trace des maux qu’on a pu lui attribuer.
Car n’est-ce pas, notre société de consommation nous invite non seulement à bouffer, mais aussi à sur-bouffer et cela sans recourir aux artifices des anorexique qui vomissent afin de ne pas avoir à digérer (croyant imiter ainsi les romains décadents – ce qui n’est soit-dit en passant que médisance). Pouah ! Nous valons mieux que ça !
Et c’est dans ces moments difficiles qui nous nous mettons à philosopher.
- Ah !... Vraiment c’est ce qu’on ne voit ni n’entend qui est le plus important. Quand Willem Reich parlait du silence des organes, quand une eau minérale prenait comme slogan de son efficacité « Mon foie connais pas ! » on soulignait une vérité bien oubliée aujourd’hui : l’essentiel est caché, dans les profondeurs de l’organisme, mais aussi dans les profondeurs de l’Etre. Soyons attentif au secret qui environne les grandes fonctions du corps, et soignons-le en respectant les conditions de ce fonctionnement silencieux : voilà ce qu’on peut faire de mieux pour jouir de la vie. Epicure le disait quand il affirmait qu’on devait éviter les excès qui nous ruinent la santé et qui nous mettent par leur coût dispendieux sous la coupe des riches qui consentent à nous les fournir, mais sûrement pas sans compensations fâcheuses.
- Pour notre réveillon, il faut donc éviter le homard français et le caviar iranien ? Mais alors, que choisir ?

Consultons donc Epicure, le philosophe qui voit dans le plaisir le souverain bien, et écoutons ses leçons : « Ce ne sont pas les beuveries et les orgies continuelles, les jouissances des jeunes garçons et des femmes, les poissons et les autres mets qu'offre une table luxueuse, mais la raison vigilante, qui recherche minutieusement les motifs de ce qu'il faut choisir et de ce qu'il faut  éviter et qui rejette les vaines opinions, grâce auxquelles le plus grand trouble s'empare des âmes. » Epicure – Lettre à Ménécée.

Thursday, December 22, 2016

Citation du 23 décembre 2016

Heureux chocolat, qui après avoir couru le monde, à travers le sourire des femmes, trouve la mort dans un baiser savoureux et fondant de leur bouche.
Brillat-Savarin


Noël… Trêve des confiseurs… Moment de bonheur comme suspendu entre l’avant et l’après, où le présent constitué par la mise en bouche d’un chocolat raffiné dure une éternité (cf. Post d’hier).
Raison de plus pour la Citation-du-jour de chanter les louanges du chocolat.
Quoique…  à quoi bon chercher des mots pour célébrer le chocolat ? Pour cela il faut et il suffit de le laisser fondre dans la bouche – à moins de préférer le chocolat à croquer.
Mais Brillat-Savarin ne s’avoue pas vaincu : il  veut parler du plaisir – et en particulier de celui de manger du chocolat. Comment faire ?
Sa réponse est la suivante : on peut évoquer une jouissance en la rapportant à une autre jouissance : ainsi donc le plaisir que donne le chocolat peut se comprendre en pensant à un autre plaisir. Alors, à quoi nous fait penser « la mort dans un baiser savoureux qui fait fondre dans la bouche des femmes » ?
- Oh ! Shocking ! Ça y est, tout le monde à compris : la mort est la « petite mort » et le baiser savoureux est « la petite gâterie » ; quant au bonbon fondant au chocolat, je vous laisse imaginer ce qu’il est.
Brillat-Savarin est un drôle de coco : il suppose que son allusion sexuelle est plus transparente que toute autre description de la saveur du chocolat. Admettrons-nous que ce soit là l’effet de coutumes propres à son époque (1) ? Sans doute.

Maintenant j’imagine que certains vont utiliser ce Post à des fins un peu spéciales.
- Chérie ! Chérie ? Tu sais quoi ? Pour Noël, je pensais t’offrir des chocolats, et puis j’ai pensé que c’était bien banal. Il paraît que Brillat-Savarin a écrit que certaines « petites gâteries » (tu vois de quoi je parle ?) donneraient le même plaisir que de croquer du chocolat -  et en plus ça ne fait pas mal au foie. On devrait essayer, tu crois pas ?
C’est une bonne idée, hein Chérie ?
(Au cas très improbable où votre Chérie ne comprendrait pas l’allusion, faites-lui voir cette video – en ayant soin de couper les toutes dernières secondes)
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(1) La physiologie du goût date de 1825. Pour la « petite gâterie », les messieurs de l’époque avaient recours aux services de professionnelles dont on disait le plus grand bien.

Tuesday, September 09, 2014

Citation du 10 septembre 2014



La plèbe se damne par la chair jouissant contre l'esprit et le savant, lui, par l'esprit qui jouit contre la chair.
Lichtenberg (1742-1799) –  Aphorismes
Pour l’instant, je ne baise pas, je vous parle, eh bien ! je peux avoir exactement la même satisfaction que si je baisais. …
Lacan – Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Seuil, 1973, p. 151. (Lire le passage ici – Note 9)
Partons donc avec Lichtenberg de l’idée que la jouissance nous mène droit en enfer. Et donc que peu importe la façon de jouir, car ce qu’il faudrait, c’est ne pas jouir de tout. Alors que dans le roman de Balzac (1), c’est le désir qui nous perd, ici c’est le plaisir. Et pas n’importe quel plaisir : il s’agit de la délectation de l’artiste ou du savant qui éprouve devant son œuvre une volupté qui évacue toute autre forme de plaisir : on est carrément dans la formule de la sublimation, comme le rappelle Lacan (citation ci-dessus).
- Comment ! La pure jouissance de l’Esprit qui contemple son œuvre serait coupable ? Mais alors, ceux qui élèvent leur âme jusqu’à Dieu ne risquent-ils pas de se damner d’en éprouver une douce félicité ?
- Si fait et nous devons sans cesse demander à Dieu de nous accorder Sa grâce pour nous permettre d’échapper au bourbier de notre nature corrompue par le Péché Originel…

…. Voilà que je retombe dans mon travers ricanant. J’en demande pardon. Mais s’il y a quelque chose que Lichtenberg dit quand même explicitement, c’est qu’entre le gros porc qui se gave de vin et puis qui fornique comme une bête – et le savant qui découvre la Relativité (ou le poète qui écrit les Contemplations) : il n’y a du point de vue du plaisir aucune différence. Dans tous les cas le résultat est le même.

Et ça, c’est quand même fort ! Car voilà ratatiné le critère qui permet de différencier l’élite de l’humanité de la fange humaine. Alors, ne risque-t-on pas de devenir misanthrope ? Que les débauchés et les Poètes du Parnasse soient mis sur le même plan, voilà qui révolte – à moins bien sûr d’être un hédoniste convaincu : chacun prend son plaisir où il le trouve, à condition de ne pas porter atteinte à la liberté ni à l’humanité d’autrui.
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(1) Il s’agit bien sûr de La peau de chagrin

Monday, December 30, 2013

Citation du 31 décembre 2013



Quelque chose que l'un des amants fasse à l'autre, celui-ci doit lui rendre la pareille : baiser pour baiser, caresse pour caresse, coup pour coup.
Vatsyayana – Kâma-Sûtra
Dévergondage de fin d’année (suite et fin… provisoire !)
Allez, c’est la Fête ! on va se lâcher : à nous la picole, les fumettes – et puis les petites femmes, et les plaisirs plus ou moins défendus !
Quoi ? Je vous sens un peu las : vos sens sont émoussés par une trop longue période de fête, trop d’excitants, trop d’ivresses suivies de trop de gueules de bois. Ne vous inquiétez pas – j’ai de quoi vous réveiller : vous allez essayer le plaisir dans la douleur
o-o-o
Le plaisir dans la douleur… Attention : nous ne parlons pas du masochisme, mais de ce plaisir si particulier qui accompagne certaines douleurs physiques (ce qu’on appelle algolagnie).
Certains haussent déjà les épaules : Ah bon ? S’il s’agit de flanquer une fessée à ma copine, c’est même pas la peine d’y penser : elle m’aura mis dehors avant même d’en parler. 
Voilà bien où mène l’ignorance : il va falloir vous documenter un peu pour arriver à maitriser la chose : on ne fait pas de jouissance avec n’importe quelle douleur. Et d’abord, comment reconnaitre celle qui sera érotique de celle qui n’est que souffrance ?
La réponse se trouve dans le Kâma-Sûtra : il on y apprend à reconnaitre les coups bénéfiques au son qu’ils produisent et aux gémissements qui les accompagne.
--> Là je vous sens perplexe : vous n’aviez sûrement jamais observé une telle chose – mais, qu’il puisse y avoir une typologie des gémissements, voilà qui suscite peut-être votre curiosité.
Lisons donc le texte qui énumère les diverses sortes de plaintes (1)  « Des coups produisant de la douleur, il en résulte le son sifflant, qui est de diverses sortes, et les huit sortes de plaintes, savoir :
            - Le son Hinn.
            - Le son tonnant.
            - Le son roucoulant.
            - Le son pleurant.
            - Le son Phoutt.
            - Le son Phâtt.
            - Le son Soûtt.
            - Le son Plâtt. »
Compris ? Alors, rangez donc votre attirail S.M. : fouet, martinet, menottes etc… à la poubelle !
Allez-y à main nue (2) et écoutez le son de la jouissance. C’est quand même un peu plus raffiné.
Joyeux réveillon !
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(1) Il s’agit de la seconde partie, chapitre 7. A lire ici.
(2) De même qu'il y a 8 sortes de plaintes, il y a (selon le même chapitre) 4 manières de frapper : Frapper avec le dos de la main. Frapper avec les doigts un peu contractés. Frapper avec le poing. Frapper avec la paume de la main ouverte.