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Friday, February 27, 2015

Citation du 28 février 2015

Sur une arme les doigts noués / Pour agresser, serrer les poings / Mais nos paumes sont pour aimer / Y'a pas de caresse en fermant les mains
Jean-Jacques Goldman – Nos mains
(La main) est pour ainsi dire un outil qui tient lieu des autres. 
Aristote – Les parties des animaux, § 687b. (Lire ici)
o-o-o
Que faire de nos mains ?
- Presser la gâchette ?


- Ou alors offrir une caresse

Louise brookes

Certes, la main ouverte est un gage de paix : elle ne peut ni cacher, ni manipuler une arme comme un couteau ou un pistolet. Mieux : elle ne peut frapper comme le poing fermé. J’admets qu’elle peut gifler. Mais qu’est-ce qu’une gifle sinon une caresse qui a mal tourné ? (1)
Pas grand-chose à ajouter, sinon que la main ouverte est non seulement l’assurance qu’on ne tient pas l’arme, mais qu’encore c’est au profit du frôlement de la caresse qu’elle exclue sa manipulation.

Poursuivons : la caresse s’oppose à l’action car la main ouverte perd tout emploi pratique. Plus de pouce opposé aux autres doigts ; la main fermée assume seule le rôle essentiel de la  main : être un outil qui tient lieu des autres. Mais remarquons en même temps que c’est dans le fonctionnement des doigts que la main même vide est en elle-même un outil : fermée elle est marteau, ses ongles sont des racloirs, ses doigts des pinces. Seule la main grande ouverte est inactive, entendons qu’elle ne peut ni saisir, ni manipuler, ni écraser – mais elle peut caresser.

Par la caresse, la main existe pour elle-même : c’est sa chair, sa forme, sa texture qui importent et qui agissent. Il y a sans doute des mains musculeuses comme celles des masseurs. Mais justement : le massage suppose une manipulation, il y a le masseur qui agit et le « massé » qui subit, alors que le « caresseur » cherche une rencontre à égalité. La main qui caresse reçoit en retour, du corps caressé, une autre caresse. Je ne veux pas dire  que si je caresse alors on va me caresser – encore que ce soit possible ; mais plutôt que je ressens ma caresse donnée au corps de l’autre comme une caresse reçue par ma main. Et c’est là peut-être que réside le secret de la caresse heureuse.
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(1) J’en entends qui murmurent. Ils disent qu’on dirait aussi bien qu’une caresse c’est une gifle retenue ? Quel non sens ! L’élan et la violence de la gifle suffit à en faire une réalité à part. Voyez ici
un florilège des « gifles mémorables ».

Wednesday, January 29, 2014

Citation du 30 janvier 2014


 Demander la main d'une jeune fille, signifie demander l'autorisation de lui passer la bague au doigt.
L’Internaute
Prendre la main d’une jeune fille signifie l’épouser et lui donc passer la bague au doigt.
On pourrait dire aussi que, si on demande sa main, c’est pour la guider dans la vie.
Simple.
Sauf que bien des observateurs ont conclu que le fiancé prend possession de la main de la jeune femme essentiellement pour la détourner  de son rôle protecteur. Auto-protecteur même.
=> Prendre la main de la fiancée c’est s’ouvrir l’accès à son sexe – car c’est cela qu’elle protégeait.
Vous êtes dubitatif ? Regardez plutôt :

Manet – Olympia (détail)
Cette femme à l’allure décidée a la main posée bien à plat sur son bas ventre. S’agit-il d’un artifice du peintre pour ne pas avoir à représenter le sexe défendu ? Peut-être, mais pas seulement. Bien posée, doigts écartés, elle est là pour interdire aux intrus d’accéder à sa grotte de Vénus.
Un autre exemple ?


Giorgione – Vénus endormie (détail)
La belle déesse, pour protéger son corps alangui par le sommeil, a posé sa main sur son ventre afin d’en interdire l’accès, doigts insinués entre ses cuisses pour être au plus proche du sexe.
… Mais peut-être est-ce que le sommeil l’a surprise au moment où elle se prodiguait des attouchements voluptueux ?
Comme ici :

Botticelli Vénus et Mars
Pendant que le Beau Dieu dort profondément, que fait Vénus ? Elle le regarde, certes. Mais aussi voyez son index, comme il s’insinue dans l’étoffe légère de sa robe, juste à l’endroit du délice…
Pas vu ? Regardez mieux :

Bref, le soupirant qui demande la main de sa belle a quand même une petite idée de ce qu’il se propose de faire à partir de là.

Thursday, September 05, 2013

Citation du 6 septembre 2013



Par ce coup la bataille est gagnée. /  Les Francs s’écrient : « Dieu a fait un miracle. / Il est bien juste que Ganelon soit pendu, / et ses parents qui ont été ses garants. »
La Chanson de Roland – Laisse 286 (vers 3930-3934)
Dans cette citation, on reconnait le jugement de Dieu ou duel judiciaire, parfois nommé ordalie : il s’agit d’un affrontement entre deux adversaires pour savoir de quel du côté est la Justice – Dieu étant supposé donner la victoire au Juste. Dans la Chanson de Roland, c’est Thierry, le héros de Charlemagne, qui parvient à vaincre Pinabel qui combat pour Ganelon. Dieu ayant choisi de donner la victoire à Thierry, Ganelon sera non pas pendu mais écartelé, et ses parents seront pendus.
On a peine à croire qu’une telle façon de rendre la justice ait pu exister – et pourtant, on peut encore en retrouver la trace. Même aujourd’hui, l’ordalie judiciaire existe encore bel et bien sous une forme dérivée et là où on ne l’attendrait certes pas : je veux parler de l’épreuve du pénalty au football – non pas les tirs au but pour départager les équipes exæquos, mais bien ce tir effectué par un joueur seul face au gardien lorsqu’il y a eu faute. (1)
On observera donc que, comme pour le duel judiciaire, il s’agit bien d’un affrontement d’homme à homme dont le résultat n’est pas acquis à l’avance. Et c’est cela qui signe l’appartenance du pénalty à l’ordalie : en effet, si la faute a bien eu lieu, pourquoi l’arbitre n’infligerait-il pas directement à l’équipe responsable un but de pénalité (un peu comme un sprinter au 100 m est disqualifié après deux faux départs) ? Si le pénalty est raté, la faute ne sera pas sanctionnée, comme si une puissance supérieure disait : « Allons ! La faute n’existe plus ! ».
Objection : si on siffle un joueur pour avoir fauché un attaquant dans la surface de réparation,  le pénalty replace les joueurs dans la situation où ils étaient avant la faute : un attaquant face à un défenseur. Dans ce cas, le pénalty servirait à remonter le temps. Toutes fois bien d’autres fautes peuvent entrainer cette sanction sans qu’on observe la même intention ; et on dirait sans doute la même chose avec les coups de pieds de pénalité au rugby.
En conséquence : si le pénalty est une ordalie, alors il existe un Dieu du football. Y a-t-il d’autres occasions pour Lui de se manifester ?
Et en effet, l’ordalie footballistique n’est pas la seule occasion où Dieu intervient dans le match. On pense bien sûr au but marqué de la main par Maradona en 1986, qualifié par son auteur de main de Dieu. Il faut comprendre que Dieu était là, et que c’est Lui qui a animé la main du footballeur dans cette action : Dieu était donc sur la pelouse au côté des argentins, comme il était au côté des Francs contre les Sarrasins, ou au côté des Achéens sous les remparts de Troie. 
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(1) Je laisse de côté la conduite ordalique chez les adolescents, correspondant la prise de risque qui est un défi à la Mort : à ce sujet, voir cette intéressante analyse.