Saturday, January 17, 2015
Citation du 18 janvier 2015
Friday, January 16, 2015
Citation du 17 janvier 2015
Tuesday, March 22, 2011
Citation du 23 mars 2011
Le débat religieux n'est plus entre religions, mais entre ceux qui croient que croire a une valeur quelconque, et les autres.
Paul Valéry – Tel Quel
Le débat proposé par Notre-Président sur la place de l’Islam en France a tourné court pour devenir finalement un débat sur la laïcité.
Qu’il faille, après un siècle de séparation de l’Eglise et de l’Etat revenir sur la question, comme si elle avait été modifiée l’influence que l’Islam prend en France, reste un étonnement dont je ne me ferai pas l’écho, vu que ce Blog a une visée philosophique et non polémique.
Je me contenterai de me demander : de quel débat la religion peut-elle être l’objet ?
--> Imaginons un peu :
Ce soir, grand débat interreligieux : Doit-on rendre un culte à la vierge Marie ?
De fait quand la question s’est posée, ce n’est pas autour d’une
table ronde qu’elle a été tranchée. Elle s’est tranchée à coup de poignard.
Inutile donc de s’interroger sur les rapports des musulmans et des chrétiens, on sait trop bien comment tout ça risque de finir.
Paul Valéry nous propose autre chose :
Ce soir, nous nous réunirons pour débattre de la question : « Dieu existe-t-il ? »
On peut essayer, mais ne comptez pas sur moi pour y participer. On ne débat pas de la foi (religieuse ou athée) : on la vit – on en vit – et ce n’est déjà pas mal.
Selon moi, un débat n’a de sens que s’il a comme visée de réaliser une percée en direction d’une solution commune dans un différend quelconque. Il n’a de sens ici que pour choisir une manière de vivre ensemble. Il ne peut donc mettre en cause que ce qui est optionnel dans la vie publique.
--> Exit donc les débats sur l’existence de Dieu ou sur l’excellence de la religion ou de l’irréligion.
Si en effet nous prétendons alimenter un débat, il faut bien que le choix qu’il doit permettre d’opérer soit un choix politique.
On peut donc en effet ouvrir un débat sur la laïcité – et on voit bien que c’est vers cela qu’on s’oriente. Mais attention : il ne s’agit pas de savoir si nous sommes pour ou contre la laïcité, mais de quelle forme de laïcité il faut parler.
Ce qui suppose qu’il y ait encore quelque chose de neuf à dire là-dessus : ce dont je doute fortement.
Wednesday, January 26, 2011
Citation du 27 janvier 2011
La laïcité ne confond pas non plus l'idéal d'une libre discussion avec la généralisation du relativisme : la distinction entre croyance et connaissance doit être bien marquée, sauf à inaugurer un nouveau type d'obscurantisme, et à faire le lit de nouvelles tyrannies.
Henri Pena-Ruiz – "Oser réaffirmer la laïcité", article de Libération - 23 avril 2004
Liberté – Egalité – Fraternité – Laïcité
Devise au fronton de l’Hôtel de ville de Joué-lès-tours
La pluralité des religions ne fait aujourd’hui, chez nous, aucun problème : chacun admet que les hommes rendent un culte à Dieu et qu’on ne doit pas se préoccuper de la façon dont ils le font.
C’est ce qu’on appelle la tolérance et c’est comme ça que la laïcité a d’abord été entendue. (1)
Alors que pour Bayle, la tolérance est fondée sur l’« âme errante », autrement dit sur l’incapacité des hommes à trancher entre la vérité et l’erreur dans les questions qui relèvent non de la raison mais de la foi, Locke quant à lui prend le problème par l’autre bout, celui de la société ; selon lui, nous avons non pas une mais deux sociétés : la société civile et la société religieuse. Ce que, par contrat nous devons à l’une, nous ne le devons pas à l’autre – et réciproquement.
Autrement dit, le droit civil doit allouer à chaque fidèle de chaque religion le même droit de célébrer le culte sans chercher à en déterminer le contenu ; et quelques en soient les rites, ceux-ci doivent respecter les lois civiles.
On voit que la laïcité est ainsi fondée sur une séparation nette de l’Eglise et de l’Etat.
--> Qu’en penser aujourd’hui ?
1 - La débat entre science et religion tel que l’imagine Pena-Ruiz n’est hélas pas refermé avec l’insistance des créationnistes chrétiens à contester les découvertes scientifiques (il paraît que leurs homologues musulmans sont en train de monter en puissance).
2 – Quant à la séparation de l’espace religieux et de l’espace civil, il n’est pas toujours et partout entré dans les mœurs. Et surtout qu’il y a de nos jours bien des pays où l’on vous étrangle le plus légalement du monde pour avoir blasphémé le Prophète.
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(1) Lire à ce sujet la Lettre sur la tolérance de Locke avec la présentation de P.Vernière
Sur Bayle, voir ici.
Tuesday, February 16, 2010
Citation du 17 février 2010
Je crois en Dieu, quoique je vive très bien avec les athées. Je me suis aperçu que les charmes de l'ordre les captivaient malgré qu'ils en eussent ; qu'ils étaient enthousiastes du beau et du bon, et qu'ils ne pouvaient, quand ils avaient du goût, ni supporter un mauvais livre, ni entendre patiemment un mauvais concert, ni souffrir dans leur cabinet un mauvais tableau, ni faire une mauvaise action.
[…] Il est donc très-important de ne pas prendre de la ciguë pour du persil, mais nullement de croire ou de ne pas croire en Dieu
Diderot – Lettre à Voltaire du 11 juin 1749 (C’est moi qui souligne – Cette lettre répond à une lettre adressées de Voltaire. On peut lire la lettre Voltaire, ainsi que l’intégralité de la réponse de Diderot ici)
Ne pas prendre la ciguë pour du persil, ça compte (demandez plutôt à Socrate) ; par contre il importe peu de croire ou de ne pas croire en Dieu. Telle est donc la thèse de Diderot, qu’il développe ainsi :
- ce qui est très important, c’est de vivre avec nos concitoyens, de discuter raisonnablement avec eux du beau et du bon, ainsi que des livres, de la peinture et de la musique. Que l’on soit croyant ou athée, il faut de toute façon être également gens de bonne compagnie, évidemment respectueux des lois de la république, mais surtout capable de discuter politique, cinéma ou gestion du FMI. Après qu’on fasse sa prière à Jésus Christ, à Jéhovah ou à Allah – ou qu’on refuse de se prosterner aux pieds d’un Etre Suprême – n’importe plus guère. (1)
Disons-le plus nettement encore : selon Diderot, le vivre-ensemble est plus important que le vivre-avec-Dieu. Qu’importe – non pas notre religion, mais bien que nous soyons athée ou croyant ; ce qui compte c’est seulement comment nous vivons les uns avec les autres.
--> Voilà donc une façon très énergique de poser le critère de la laïcité.
En effet, partout où l’être-avec-Dieu l’emporte sur le Vivre-ensemble, la laïcité est perdue.
Prenez la discussion sur le port de la burqa. On pourrait dire ceci :
- Si, comme on nous l’assure, la burqa n’est pas un symbole religieux, alors on peut l’autoriser, tout comme on laisse circuler la mini-jupe qui n’a pas non plus de valeur dans une religion quelconque.
- Toutefois, le vêtement étant, en dehors de la protection contre le froid, le vent, le soleil, etc., une manière de vivre ensemble, alors on doit en le choisissant tenir compte de son effet sur les autres. Si donc la burqa empêche le vivre-ensemble de la femme qui la porte, alors il faut l’interdire. A contrario, c’est bien ce qu’on observe en Afghanistan, où la femme porte la burqa pour être acceptée par les hommes qui la côtoient dans la rue.
Si donc nous-mêmes nous acceptions la burqa, ce ne pourrait être que pour dissimuler une femme trop laide pour qu’on puisse la laisser paraître dans la rue.
Bien sûr, les messieurs très laids devraient aussi en mettre une. (2)
(1) On peut se reporter aussi à Descartes, Discours de la méthode 3ème partie où il explique que la morale est affaire d’opportunité : ne pas mettre les diverses morales en compétition, mais adopter celle qui est admise dans le pays où l’on vit.
(Descartes aurait-il mis une burqa à sa femme ? Oui, s’il en avait eue une (= une femme) et s’il avait vécu dans un pays mahométan.)
(2) Pour simplifier, nous n’avons pas tenu compte du hold-up perpétré récemment par des malfaiteurs dissimulés sous des burqas et qu’on avait du coup laissés entrer sans méfiance dans la banque.

