Wednesday, October 25, 2017

Citation du 26 octobre 2017

Il faut toujours rendre justice avant que d’exercer la charité.
Malebranche – Traité de morale
Justice et charité : ce thème de réflexion a fait suer sang et eau à des générations entières de lycéens débutants la philosophie. Au point qu’on a fini par s’en détourner : après tout la charité est une notions un peu trop chrétienne pour être laïque. Et en plus elle est compliquée à commenter parce qu’elle est à la fois attitude sociale et également vertu théologale.
Mais enfin, le problème reste : comment traiter les hommes qui sont fourbes, cruels et qui n’hésitent pas à détruire la vie humaine pour servir leur intérêt ? Faut-il leur appliquer la juste sanction qu’ils ont mérité et puis se détourner de leur sort, quand bien même à leur tour ils seraient victime de la méchanceté humaine ? Supposons que des « monstres » d’inhumanité, Hitler ou Pol Pot soient vivants dans nos prisons, quelle attitude devait-on avoir envers eux ? Leur dire « Tu seras traité comme tu as traité les innocentes victimes que tu as barbarisées » ? Ou bien « Tu restes malgré ce que tu as fait un enfant de Dieu, et en t’aimant encore c’est Dieu que j’aime à travers toi » ?
Ah… Encore cette fichue vertu théologale qui revient : on a bien  du mal à s’en passer. Laïcisons alors : « Tu as voulu détruire notre civilisation en piétinant nos valeurs et nos principes. C’est la raison pour la quelle nous allons te les appliquer en respectant l’humanité en ta personne, en te permettant de vivre comme nous vivons tous. »
Ce n’est alors pas très difficile de trouver à appliquer ce principe de « charité » laïcisée : il suffit de se rappeler que le conditions d’emprisonnement n’étant pas un élément de la punition, nous devons assurer aux détenus des conditions d’incarcération décentes.
- Avec la télé dans la cellule ?
- Oui, mais bloquée sur TF1…

Tuesday, October 24, 2017

Citation du 25 octobre 2017

Les hommes sont tous frères, Dieu permet le malheur des uns pour entretenir la charité des autres.
Alfred Auguste Pilavoine – Pensées, mélanges et poésies (1845)
CHARITÉ, subst. fém.
Principe de lien spirituel, moral qui pousse à aimer de manière désintéressée.
CNTRL

Les inégalités sociales ne sont-elles pas contraires à la justice ? Oui, certes.
Dans ce cas, pourquoi Dieu, qui est justice et bonté, permet-il qu’il y ait des pauvres et des riches ? À quelle intention, s’il y en a une, ces inégalités répondent-elles ?

- À ces questions Auguste Pilavoine (journaliste et critique littéraire) répond en plein 19ème siècle (période qui fut fécond en inégalités) : il faut que de tels malheurs arrivent pour que la charité puisse prendre son plein essor. La bonté divine consiste non seulement dans les bienfaits que la providence divine développe dans la Nature, mais aussi dans les tourments qui permettent aux hommes de montrer la mansuétude dont ils sont capables envers les malheureux.
On objectera que la justice sociale assurée par l’Etat est en compétition avec la bonté divine, qui passerait ainsi au second plan. Si les malheureux n’osent pas s’écrier : « Que fait Dieu ? » quand une catastrophe les frappe, ils n’hésitent pas un instant en revanche à protester : « Que fait le gouvernement ? » quand les secours tardent à arriver.
Mais Dieu a semble-t-il plus d’un tour dans son sac : et voici maintenant des ouragans hors de mesure, des incendies dantesques qui dévorent les villes entières sans qu’on puisse les arrêter – sans parler des sécheresses et des nuages de sauterelles qui opèrent depuis longtemps. Du coup, les famines et les épidémies prospèrent, et seule la charité du voisin (qu’on suppose inspirée par Dieu) peut encore quelque chose pour la victime que l’Etat ne peut secourir.
Bref : Dieu permet le réchauffement climatique pour entretenir la charité entre les hommes.

Et force est de constater que le déni de Donald Trump à l’égard de la responsabilité des hommes dans ces bouleversements suivent une logique parfaitement chrétienne : « Rouvrons les mines de charbon, continuons de pomper le pétrole de schiste, polluons à tout va : c’est Dieu qui le veut ! »

Monday, October 23, 2017

Citation du 24 octobre 2017

Ce qui m'ennuie, ce n'est pas seulement de devoir mourir, mais l'idée qu'il n'y aura un jour absolument plus d'hommes. Faut-il donc n'avancer si loin dans l'histoire que pour mieux sauter dans l'anéantissement ?
Paul Nizan – La conspiration
Nizan : voilà un humaniste ! Quelqu’un qui ne se soucie pas seulement de lui-même, pas non plus seulement de ses enfants ou de ses petits enfants. Non : il se soucie aussi de l’Humanité ; des générations à venir dans les siècles des siècles. Et dans cet avenir il voit se profiler la grande, l’ultime extinction qui anéantira l’espèce humaine. On pourrait paraphraser Valéry : Nous autres humains, nous savons à présent que notre espèce est mortelle… Homme de Neandertal, de Florès, d’Heidelberg, ne sont plus que des os emprisonnés dans des sédiments : et nous ? Dans combien de temps serons-nous comme eux ? Et y aura-t-il dans ce lointain futur une autre espèce humaine prête à reprendre le flambeau de l’humanité ?

- Et vous ? Oui, vous qui, calé dans le RER, me lisez confortablement sur l’écran scintillant de votre Smartphone : allez-vous verser une petite larme sur ce grand anéantissement des  humains ? Sur ces hommes agonisant en suffoquant dans l’air empesté par leurs machines – ou tombants en lambeaux dans l’enfer des déflagrations nucléaires ? Sur ces femmes serrant sur leur poitrine flasques des nourrissons squelettiques ?


Otto Dix – La folle de Sainte Marie en Py
(Durant la Grande Guerre, Otto Dix dessine les atrocités qu’il observe, comme cette femme devenue folle de douleur qui arrose de son lait son nourrisson qui gît, mort, à ses pieds)

Prenez un instant pour y réfléchir : tâchez de vous pénétrer de la situation : en éprouvez-vous un serrement de cœur, quelque chose qui vous mouille les yeux ? Ou bien songeant à ce qui arrive en ce moment, vous dites-vous : « Hé bien, plus d’hommes : plus de pesticides –  ce sont les abeilles qui vont être contentes. Et en plus, mis à part les ours il n’y aura plus personne pour leur faucher leur miel !  »
Mais non – après un lent et long effort de réflexion, vous voilà à relever la tête avec une lumière de joie dans les yeux : « Si l’humanité doit disparaître, plus besoin de se priver pour laisser à nos descendants une planète propre, des ressources suffisantes et des finances saines.
Que la fête commence ! »

Sunday, October 22, 2017

Citation du 23 octobre 2017

Puisque la femme revendique ses droits, ne lui en reconnaissons qu'un seul : le droit de plaire.
Guy De Maupassant
Avant que l’émotion soulevée par les dénonciations de harcèlement sexuel par les femmes ne soit retombée, la Citation-du-jour en profite pour stimuler le débat : combien de femmes sont-elles hostiles à cet acharnement à opposer le désir des hommes et … celui des femmes ?

#BalanceTonPorc – Maupassant ? Quel porc ! Embastillez-moi ça, et fissa ! De toute façon il mourra par où il a péché : syphilitique ! Bien fait !
#lePhilosopheduJour – Calmons-nous un peu. Et réfléchissons. Déjà, admettons que les femmes ont le droit de choisir comment et à qui elles vont tenter de plaire. Elles seront alors plus libres qu’une femme musulmane, et plus heureuse qu’en étant de simples fashions victimes.
Il est vrai que Maupassant refuse aux femmes tout autre droit : mais en leur donnant celui de plaire ne leur a-t-il pas bon gré mal gré accordé beaucoup plus qu'on ne serait tenté de le croire ?
#BalanceTonPorc – Tiens ? Voilà l’avocat des cochons qui parle ! Dites-moi cher Maitre, ne seriez-vous pas entrain de nous dire qu’une femme sans homme c’est comme un enfant livré à lui-même ? Que si elle doit être la fille de son père pour qu’il la protège, et l’enfant de Dieu pour connaître le Chemin du ciel, elle doit aussi être aguichante pour avoir le mari qui lui apportera la chance de devenir mère ?
#lePhilosopheduJour – Mais réfléchissez un peu, chère Balançeuse. Le droit de plaire c’est certes celui de subjuguer, de mettre à genou, mais c’est aussi celui de garder à distance. Car là est le point : plaire ce n’est pas appeler au viol. La femme qui porte un décolleté sait fort bien qu’elle va attirer le mâle. Mais elle doit aussi savoir le maintenir à une distance respectueuse, un peu comme les hérissons de Schopenhauer qui se rapprochent pour se tenir chaud mais pas au point de se piquer les uns les autres. (1)
#BalanceTonPorc – Remballe ta dialectique, philosophe de mes fesses. Si pour toi, le seul droit de la femme est de plaire, c’est quand même bien aux hommes qu’elle doit plaire, pas aux vieillards cacochymes, pas autres femmes, pas à elle-même.
#lePhilosopheduJour – Là nous sommes d’accord. Mais dites-moi, chère Balançeuse n’est-ce pas là ce que vos consœurs désirent ?
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(1) Cf. La fable des hérissons – À lire ici

Saturday, October 21, 2017

Citation du 22 octobre 2017

Je bande donc je suis (Turgeo ergo sum)
Les fauteuses de trouble
(Commentaire de la correspondance de Diderot avec Sophie Volland - Lire ici)




Propos d’un Porc
Si j’étais un Porc frôleur de jupons je dirais pour ma défense que je ne me sens exister que quand je suis en état d’excitation.
Ontologie de la bandaison !!! Voilà ce que la philosophie après des millénaires de cogitations apporte comme contribution dans le débat – s’il y débat. Car les Porcs ne disent pas grand chose, sauf qu’ils n’en sont pas.
Mais s’ils parlaient, au lieu de crier Grouiiiic, ils nous diraient à n’en pas douter : « Je bande donc je suis », ou mieux (comme l’aurait dit Descartes) : Turgeo ergo sum.
Qu’est-ce qui fait que ces violeurs, ces pelotteurs de fesses, ces frotteurs de métro soient compulsifs à ce point ? N’est-ce pas qu’ils ont une carence dans leur être profond et que pour se sentir exister ils ont besoins des femmes ?
Alors bien sûr les dames n’en ont rien à faire : que le cochon soit en état de carence ontologique ne leur fait ni chaud ni froid, parce que voyez vous l’ontologie c’est comme un système de vases communicants : lorsque ça se remplit d’un côté, ça se vide de l’autre.

Friday, October 20, 2017

Citation du 21 octobre 2017

La jeunesse sait … qu’elle n’est que le temps de l’ennui, du désordre ; pas un soir à vingt ans où l’on ne s’endorme avec cette colère ambiguë qui naît du vertige des occasions manquées.
Paul Nizan – La conspiration


On est habitué à ne retenir qu’une citation de Nizan, c’est celle-ci : « J'avais vingt ans et je ne laisserai personne dire que c'est le plus bel âge de la vie. » Encore heureux si on se soucie de la phrase qui suit : « Tout menace de ruine un jeune homme : l'amour, les idées, la perte de sa famille, l'entrée parmi les grandes personnes. Il est dur à apprendre sa partie dans le monde. » Et puis on passe à autre chose.
--> Qu’est-ce que cette jeunesse dont parle Nizan redoute ? En quoi la perspective de l’âge adulte la menace-t-elle ? Craint-elle l’avenir ou regrette-t-elle le passé ?
Nous proposons donc aujourd’hui notre Citation-du-jour qui met les choses en ordre : « La jeunesse sait … qu’elle n’est que le temps de l’ennui, du désordre ; pas un soir à vingt ans où l’on ne s’endorme avec cette colère ambiguë qui naît du vertige des occasions manquées. »
Détaillons :
            - La jeunesse redoute l’avenir parce qu’elle sait qu’elle ne construit rien, et surtout pas l’avenir. Elle est l’âge du dérisoire, du désordre, de la destruction – mieux : de la déconstruction comme on dirait aujourd’hui. Cet âge au lieu d’être insouciant est en réalité soucieux des responsabilités qui lui incombent. (1)
            - Mais si la jeunesse est l’époque de la « conscience malheureuse » (pour paraphraser Hegel), c’est aussi qu’elle est conscience des exigences de l’avenir : parce que si les adultes se moquent de cette période qu’ils ne vivront pas (ainsi que le montre le dessin de Wolinski), elle se sent, quant à elle, un peu plus concernée. Pour elle, rien ne sera possible sans les transfigurations dont elle ressent le besoin et qu’elle se croit incapable de produire : vertige des occasions manquées. La jeunesse selon Nizan est grave parce qu’elle a oublié l’insouciance de l’enfance, lorsqu’elle croyait aux contes de fées et aux bons génies. Mais maintenant elle sait qu’il n’y a aucune force surnaturelle dans le monde, que tout ce qui peut le modifier devra être produit par les hommes en lutte contre les autres et contre eux-mêmes.
Voilà pourquoi il est si difficile d’être jeune : le jeune a en charge le monde de demain. Plus tard, devenu adulte il n’aura plus à changer le monde, seulement y améliorer sa place. Devenu vieux il n’aura plus qu’à la sauvegarder.
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(1) Il est vrai que nous avons connu un renversement de perspective au tournant des années de crise. Je conserve pieusement ce dessin de Wolinski datant de 1977 : heureuse époque !


Thursday, October 19, 2017

Citation du 20 octobre 2017

 Il n'y a jamais eu qu'un moyen de se hisser au pouvoir, c'est de crier : Peuple, on te trompe !
Louis Latzarus – Eloge de la bêtise

Les trompeurs sont souvent ceux qui crient
à la tromperie. Les exemples sont légion il n’est que de rappeler certaines publicités qui nous montrent des gens… dénigrant la publicité. Faire comme si on était dehors, pour faire oublier qu’on est dedans : voilà une petite manip’ bien banale, mais qui marche.

Mais dire que ce stratagème soit le seul qui permette de se hisser au pouvoir est plus contestable et voici pourquoi :
- Ceux qui disent « Peuple on te trompe ! » sont des activistes qui cultivent l’indignation et qui appellent le peuple au soulèvement populaire. On sait que ce procédé est effectivement fréquent et que des Indignados de la Puerta del sol aux Insoumis, la liste est longue des mouvements qui se sont approchés du pouvoir grâce à cela.




- Mais voilà : si le peuple est certainement naïf quand il croit aux discours de révolte des tribuns, il n’en reste pas moins attentif à son intérêt – car il veut aussi de l’argent, il veut aussi des crèches, des écoles des gendarmes des prisons des maisons de retraites des appart’ pas cher des …
Bref, il veut un programme de gouvernement avec des dates pour des réformes qui lui soient favorables.
Alors, bien sûr le tribun habile saura lui faire croire aussi qu’il aura « le beurre et l’argent du beurre », et qu’après avoir emprunté des capitaux pour financer toutes ces réformes on n’aura pas à rembourser l’argent. Mais ce sera moins facile, et les gens naïfs au point de le croire sont déjà beaucoup moins nombreux.

Car le peuple ne se contentera pas de lever le poing ; il vaudra aussi recevoir quelque chose quand il tendra la main.

Wednesday, October 18, 2017

Citation du 19 octobre 2017

L’amour n’est pas une relation sociale. Ça ne se dit pas, ce sont des choses qui ne se disent pas. L’amour n’est traduit qu’en silence ou en cri.
Camille Laurens – Dans ces bras-là

Que l’amour soit indicible en dehors du cri, voilà ce que chacun sait pour l’avoir expérimenté. Mais que par conséquent l’amour soit exclu des relations sociales, voilà qui paraît surprenant.

- Certes, dire que l’amour est exclu des relations sociales, n’est pas nouveau. Ainsi Freud disait-il que la libido ne peut être à l’origine de la société, mais seulement du couple hermétiquement refermé sur lui-même. Il en concluait que le refoulement de la pulsion sexuelle était inévitable et avait sans doute accompagné le développement de l’espèce humaine, car dans la mesure où celle-ci nécessite la société, elle suppose aussi le refoulement.
Il est très intéressant d’observer que cette caractéristique de l’amour est restée toujours active : aujourd’hui comme autrefois, tout au fond du paléolithique (et même avant ?) l’amour n’a pas suivi la logique de la vie collective. Il n’a certes pas eu besoin de s’y opposer frontalement, car il ignore tout de la vie sociale pour une raison très simple : l’amour suit la logique du désir et le désir ignore l’autre, il est capture et consommation de l’objet qui lui manque.


Après le brame…
- Mais l’amour est-il bien ce rut bestial par le quel le mâle enfourche la femelle ? En tout cas, pour notre Auteure-du-jour l’amour est un peu plus : il n’est pas seulement a-social parce qu’il n’a pas eu besoin d’investir le langage pour y creuser son sillon ; mais plus fondamentalement il est une expérience si personnelle qu'elle en est indicible et incommunicable - donc incapable de soutenir une relation sociale.


… L’amour est bien autre chose, mes amis, vous le savez. Il est ce par quoi le « je » n’existe que dans la fusion au « tu » – ce qui fait que ce « tu » ne peut en aucun cas devenir un « nous ».

Tuesday, October 17, 2017

Citation du 18 octobre 2017

L’avare crierait famine sur un tas de blé.
Proverbe français
Si, au lieu de gagner beaucoup d'argent pour vivre, nous tâchions de vivre avec peu d'argent.
Jules Renard
Qui ne mange pas n’a pas besoin de travailler.
H-D Thoreau - Walden p. 256
(Sur ce sujet on se reportera à la Citation du 13-12-2012)

Un peu de sagesse populaire, ça vous dit ? Car un proverbe – français, notez-le – dit ce que tout le monde sait mais ne dit pas. Sans doute parce que c’est trop évident ; à moins que ce soit parce qu’on s’efforce de nous le faire oublier ?
Oui, n’est-ce pas ? C’est bien cela : ne pas voir que l’avare n’aura jamais assez d’argent, que ce n’est pas la perte de son trésor qui l’inquiète le plus : c’est de ne pouvoir l’augmenter. Le personnage d’Harpagon lorsqu’on lui vole sa casette est comique dans son désespoir, certes. Mais cela ne doit pas faire oublier qu’il est du début à la fin occupé à en avoir toujours plus.
Oui, « toujours plus » telle serait la devise de l’avare, mais aussi celle du capitaliste pour qui le capital est une somme d’argent qui s’investit pour revenir grossie de la plus-value. (1)

Mais voilà : notre monde est tellement envahi des soucis du capitalisme qu’on en oublie le souci réciproque : et si on cherchait plutôt à faire plus avec moins ? Ou si  l’on veut : si nous ne cherchions pas à gagner plus, mais plutôt à bien vivre avec moins. Suivons Thoreau qui a là-dessus un point de vue radical : mangez moins vous aurez moins à travailler pour vivre. Point de vue qu’on peut adapter au monde moderne : par exemple, vous en connaissez, vous, des gens qui n’ont pas de portable parce qu’ils sont trop pauvres ? Moi, je remarque que tout le monde en a un – ce qui peut vouloir dire qu’il l’a volé, certes; mais de toute façon il lui faut maintenant acquitter l’abonnement.
Bref : demandez-vous si vous n’êtes pas déjà trop riche, ce qui revient à chercher  de quoi avez-vous absolument besoin et combien ça coûte (2). Après, c’est à vous de voir si vous voulez continuer à travailler toujours autant ou si vous souhaitez vous offrir du farniente.
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(1) On a ici même souvent évoqué cette formule de Marx : nous nous contenterons de cette allusion.

(2) Je voyais hier un doc sur un jeune homme, archéologue expérimental, qui arpente les forêts désertes du Yukon (Canada) en vivant selon les techniques des chasseurs-cueilleurs du néolithique. Il disait qu’il avait appris ainsi à vivre en satisfaisant ses besoins avec les « fondamentaux » et que vraiment ça ne coutait rien. Même chose chez Thoreau, qui décrivant son expérience au fond des bois (Walden ou la vie dans les bois) donne des pages entières de comptes pour qu’on voit bien ce qu’il avait dépensé pour un an de vie en ermite, et pour nous faire constater que c’était extrêmement réduit.