Sunday, January 26, 2014

Citation du 27 janvier 2014


La grâce, précisément parce qu’elle est donnée gratuitement, exclut toute idée de dette. […] Ni dans l’un ni dans l’autre sens, nous ne pouvons dire que Dieu se trouve obligé à l’égard de la créature.
Thomas d’Aquin – Somme théologique 1a-2ae questions 109-114
La transcendance a quand même du bon ! S’il y a quelqu’un à qui  nous ne devons rien, c’est bien à Dieu.
--> C’est du moins ce que je crois comprendre de la formule : Ni dans l’un ni dans l’autre sens ; si Dieu ne nous doit rien, nous ne lui devons rien non plus.
Voudra-t-on le contester ? Alors il faudra dire que quelque chose manquerait à Dieu, et voilà que  nous, chétives créatures, pourrions la compenser ? Mais une telle idée est de l’orgueil pur et simple. Même le péché n’est pas une dette car, si c’en était une nous pourrions nous racheter. Nous sommes là en pleine théologie janséniste : nos actes nous rendent seulement dignes d’être sauvés ; mais pour l’être il nous faut en plus bénéficier de la grâce divine.
Réciproquement, voilà l’humiliation infligée par la charité. Je veux parler non de cette vertu théologale, qui est pur amour, mais de cette obole que le riche accorde au mendiant. Ce faisant, il manifeste son pouvoir de donner qui enfonce le pauvre dans son impuissance à rendre.
Seul l’échange est égalitaire ; l’échange et la dette qui n’est autre qu’un échange différé.
Ça y est ! On y arrive ! Le pays endetté qui fait banqueroute se désigne lui-même comme n’appartenant plus au même monde que celui de ses créanciers. Celui qui ne peut plus rembourser ses dettes est dans la position du mendiant qui ne pourra jamais rembourser celui qui lui fait l’aumône – car celui-ci est trop puissant pour lui. Dieu vous le rendra dit-il, façon de dire que cet homme est l’égal de Dieu sur terre.
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La suite à demain… si vous voulez bien !

Saturday, January 25, 2014

Citation du 26 janvier 2014


Que faire le dimanche ? Casto est ouvert, mais ça ne vous dit rien. La bagatelle ? Oui, mais vous êtes bien fatigué(e). Reste la picole. Surtout si vous êtes déjà retraité(e).
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Revenons à nos bouteilles […] c’est quasi le dernier plaisir que le cours des ans nous dérobe. La chaleur naturelle, disent les bons compagnons, se prend premièrement aux pieds : celle-là touche l’enfance. De-là elle monte à la moyenne région, où elle se plante long temps, et y produit, selon moi, les seuls vrais plaisirs de la vie corporelle ; les autres voluptés dorment au prix. Sur la fin, à la mode d’une vapeur qui va montant et s’exhalant, elle arrive au gosier, où elle fait sa dernière pose.
Montaigne. De l’ivrognerie – Essais II, ch. 2  
- Thèse : n’empêchez pas les vieux de picoler, car c’est le dernier plaisir qui leur reste.
- Démonstration :
La volupté commence avec les pieds et finit dans le gosier.
L’enfance a les pieds chauds, ce qui est le signe d’une bonne volupté.
Puis elle migre en remontant dans le corps jusqu’au ventre – au bas-ventre : on a compris.
Enfin, l’âge venant, elle monte encore pour finir par s’incruster dans le gosier. Après les jouissances de  l’amour, le vieillard n’a plus que celles de la picole.
- Conséquence :
Vous tous, vieillards qui me lisez, croyez-en Montaigne. Inutile de chercher encore à jouir des femmes. Vous ne trouveriez que déception et nostalgie : l’amour n’est plus pour vous ce qu’il était – il faut en prendre on parti.
Par contre vous pouvez encore déboucher une bonne bouteille et la boire en ne pensant plus à rien – qu’à la chaleur de votre gosier.
C’est Montaigne le bordelais qui vous le dit : croyez-le – le vin il sait ce que c’est.
- Source :
Mais prudent quant à ses sources il se place sous l’autorité de Platon. Voici ce qu’il écrit dans les lignes qui suivent cette citation :
« Platon défend aux enfants de boire vin avant dix-huit ans, et avant quarante de s’enivrer. Mais à ceux qui ont passé les quarante, il pardonne de s’y plaire, et de mêler un peu largement en leurs banquets l’influence de Dionysos : ce bon Dieu, qui redonne aux hommes la gaieté, et la jeunesse aux vieillards, qui adoucit et amollit les passions de l’âme, comme le fer s’amollit par le feu, et en ses Lois, trouve telles assemblées à boire (pourvue qu’il y ait un chef de bande, à les contenir et régler) utiles : l’ivresse étant une bonne épreuve et certaine de la nature d’un chacun : et en même temps propre à donner aux personnes d’âge le courage de s’ébaudir en danses, et en la musique : choses utiles, et qu’ils n’osent entreprendre en sens rassis. Que le vin est capable de fournir à l’âme de la tempérance, au corps de la santé. » (Texte légèrement modifié)

Friday, January 24, 2014

Citation du 25 janvier 2014



Selon Pierre Bourdieu, [dans la société Kabyle] il est tout à fait possible de transformer l’honneur en argent, mais pratiquement impossible de convertir l’argent en honneur.
David Graeber – La dette (p. 339)
A quoi ça sert l’honneur ?
Voilà une question qui aurait fait tomber par terre quelqu’un comme Montesquieu, et aussi quiconque l’entendrait aujourd’hui encore au-delà des frontières de l’Arabie. Quant à nous cette notion est parfaitement désuète au point qu’on n’imagine même pas nous guider sur la valeur qu’elle nous indique.
Toutefois, même chez nous l’honneur est resté longtemps vivace dans les transactions commerciales sous forme de confiance : une poignée de main pour conclure un marché, et voilà qui scelle l’affaire encore plus sûrement qu’un contrat en bonne et due forme.
C’est dans ce cadre que prend place la remarque attribuée à Bourdieu : les dettes supposent toujours la confiance et donc une certaine respectabilité. Rembourser ses dettes est une question d’honneur, et – avant de ne prêter qu’aux riches – on n’a  prêté d’abord qu’aux gens honorables. D’où l’expression de prêt d’honneur pour désigner des prêts à taux zéro (taux réservé au risque zéro de non remboursement).
Si vous êtes dubitatif devant ces remarques, songez au cas de la Grèce : on lui reproche non pas tant de s’être endetté au-delà du raisonnable, mais surtout de l’avoir fait en trompant ses débiteurs sur la réalité de ses comptes publics. Les Grecs nous ont menti pour qu’on leur prête de l’argent, et cette faute justifie qu’on les étrangle maintenant, fortement mais pas trop, pour que ça dure plus longtemps. Cette faute est leur déshonneur – et à cela il n’y a rien à faire, car bien sûr l’honneur ne s’achète pas, comme le dit Bourdieu.
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On se récrie devant ces pays où la vertu des femmes est la condition de l’honneur des hommes : mœurs moyenâgeuses !
Mais ne l’oublions pas : l’honneur existe aussi chez nous aujourd’hui. Simplement il ne dépend pas des femmes mais de la gestion de notre compte en banque. C’est ce qui est rappelé de façon réglementaire dans tous les prospectus financiers :
« Un crédit vous engage et doit être remboursé. Vérifiez vos capacités de remboursement avant de vous engager. Cette mention est à présent obligatoire sur toute publicité pour le crédit depuis le 1er septembre, suite à l’adoption de la loi Lagarde (LOI n° 2010-737 du 1er juillet 2010) sur le crédit. »

Thursday, January 23, 2014

Citation du 24 janvier 2014



La valeur ou l'importance d'un homme, c'est comme pour tout autre objet, son prix, c'est-à-dire ce qu'on donnerait pour disposer de son pouvoir.
Thomas Hobbes Léviathan (1651)
Qu’on se rappelle aujourd’hui de cette citation alors qu’elle fut écrite il y a bien longtemps (1651) et que j’y revienne aujourd’hui, alors que je l’ai employée il y a bientôt 6 ans dans ce Post – oui, voilà qui en dit long sur les réflexions amères qui nous viennent à propos de nos hommes politiques et sur le désamour qui est le nôtre.
Sont-ils ridicules, incompétents, méprisants, que sais-je ? Encore heureux s’ils ne sont pas des fripons.
…Consolons-nous : tout ça ne date pas d’aujourd’hui, ni même d’hier.
Bref : nos hommes-politiques, que valent-ils ?
Pour le savoir, lisez donc cette petite histoire d’origine turque médiévale (1)
« Un jour, l’empereur convoqua Nasreddin à la cour.
- Dis-moi, tu es un mystique, un philosophe, un homme qui pense hors des sentiers battus. Je m’interroge sur le problème de la valeur. C’est une question philosophique intéressante. Comment établit-on la vraie valeur de la personne, ou d’un objet ? Moi, par exemple. Si je te demandais d’estimer ma valeur, que dirais-tu ?
- Eh bien, je dirais environ deux cents dinars.
L’empereur fut sidéré.
- Quoi ?! Mais cette ceinture que je porte vaut deux cents dinars !
- Je sais, dit Nasreddin, j’ai tenu compte de la valeur de la ceinture. »
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(1) Voyez David Graeber – La dette p.335

Wednesday, January 22, 2014

Citation du 23 janvier 2014



Je m’appelle Jean-Philippe et j’ai 16 ans. la merde quoi.
Jean-Philippe – Post sur Prénom de merde – Catégorie : les prénoms ridicules.
Prénom IV
Si vous êtes mécontent de votre prénom, sachez qu’il existe un site dédié à tous ceux qui sont comme vous : il s’appelle Prénom de merde, et vous le trouverez ici.
            Jean-Philippe,
            Permets-moi de te tutoyer dans cette lettre : j’ai l’âge d’être ton grand père et je devine qu’à 16 ans tu en as ras la casquette des vieux. Mais enfin, lis d’abord ma réponse avant de la mettre à la poubelle.
            Je sais que tu as 16 ans et que tu es fier de toi et je t’en félicite : tu dois le rester car c’est comme cela que tu pourras valoir quelque chose dans la vie.
            Donc, Jean-Philippe, tu considères que ton prénom est un Prénom-de-merde. Note bien que ça ne saute pas aux yeux, mais tu as sans doute raison : par exemple notre Johnny n’a pas cru nécessaire de garder son vrai prénom : Jean-Philippe, justement – Jean-Philippe Hallyday : comme vous dites, les jeunes, ça le fait pas…
            Choisis donc un autre prénom : après tout, il suffit que tes amis et  tes proches soient d’accord pour ce changement, et pour l’Etat-civil, on verra après. Seulement, quel prénom vas-tu choisir ? Peut-être préfèreras-tu un prénom porté glorieusement par une star de cinéma ou par un footballeur vedette. Tu préférais te prénommer Leonardo ou Zlatan ? Je suis sûr qu’il y a en ce moment en France plein de petits Zlatan qui sont entrain de naitre. Mais peut-être que dans 16 ans eux aussi diront : « Je m’appelle Zlatan et j’ai 16 ans. la merde quoi »
            Mais si tu décides de garder ton vrai prénom, voilà ce qui va se passer, Jean-Philippe : au début, les gens croiront que tu ressembles à tous les autres « Jean-Philippe » qu’ils connaissent – ou bien même ils vont t’aimer ou te détester pour un seul « Jean-Philippe » qu’ils ont connu et qui leur a plu ou déplu.
            Et alors, toi, Jean-Philippe, tu vas leur monter que tu es différent des autres – et même tu vas les persuader que c’est toi qui porte le mieux ce prénom, au point qu’ils pourraient un jour espérer avoir un enfant pour lui donner ton prénom. Ton prénom que tu es le seul à porter vraiment.
            Voilà : si tu es aussi fier de toi que je le pense, c’est ça que tu dois te dire : « Je m’appelle Jean-Philippe et j’en suis fier ».
Affectueusement,
Cyber-Papy