Wednesday, February 24, 2016

Citation du 25 février 2016

On a deux vies, et la deuxième commence quand on se rend compte qu'on n'en a qu'une.
Confucius (Cité par Laurent Fabius)



Alors, c’est vrai : les citations de Confucius ne sont souvent que des décorations pour faire joli dans une péroraison (ou dans les pages d’un agenda). Quand à savoir ce qu’elles disent, qu’importe ? C’est à celui qui admire le nom si brillant du grand sage de le rechercher.

Mais avouons quand même que cette citation est bien trouvée. Qui donc n’a pas un jour eu le sentiment qu’une autre vie l’attendait, derrière la banalité du quotidien ? Qui donc n’a pas désespéré en constatant que cet horizon se dérobait devant lui ? Et donc, comment accepter l’idée que la vie – notre vie – commence au berceau et finisse au tombeau, entendez qu’elle soit faite d’une seule et unique  trame ? Et pourtant, vivre réellement – c’est à dire dans le réel et non dans le rêve – c’est admettre que telle est bien la vérité. Une seule vie, qui doit faire un seul tout.
Mais alors, ce « tout » : que faut-il faire pour l’atteindre ? Se dire qu’il n’y a rien à faire parce qu’on y est déjà ? Renoncer à nos rêves d’adolescents et considérer que tous les changements que l’on va introduire dans notre vie ne seront que des rééditions d’épisodes déjà vécus ? Ce destin assumé va alors guider nos entreprises devenues conscientes de leurs limites et de leurs orientations : «  Tu es né intouchable, tu dois l’accepter et vivre dignement cette vie qui t’a été assignée. »
Seulement, voilà : que faire des ruptures qui ont transformé notre vie ? Que faire de nos jeunes années ? Des années d’errance, du temps gâché ? Ou bien un lent apprentissage de notre destin, au cours du quel nous avons peu à peu dégagé, à travers nos conquêtes et nos erreurs, la nature qui est définitivement la notre ?
« Cette main, sur mes traits qu’elle rêve effleurer, / Distraitement docile à quelque fin profonde, / Attend de ma faiblesse une larme qui fonde, / Et que de mes destins lentement divisé, / Le plus pur en silence éclaire un cœur brisé. » murmure la Jeune Parque

Ces ruptures ne sont alors que les impasses grâce auxquelles nous sommes parvenus à comprendre et à apprécier notre existence  jusque dans ses étapes ultimes : comme Laurent Fabius qui après avoir été premier ministre, et puis avoir échoué à devenir Président, s’estime heureux de finir Président du conseil constitutionnel. On dira que cet exemple est trop extraordinaire pour nous servir. Alors pensons à Candide : comment comprendre que se contenter de cultiver son jardin soit un idéal de vie si l’on n’a pas d’abord vécu toutes les horreurs que la guerre lui a imposées ?

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