Monday, June 05, 2017

Citation du 6 juin 2017

J'échangerais toute ma technologie pour un après-midi avec Socrate
Steve Jobs – Interview à Newsweek - 2001 (Lu ici)
Cette phrase, Steve Jobs l’a prononcée en 2001, année au cours de la quelle il lance l'iPod, iTunes et la chaîne de magasins Apple Store. Il est encore en bonne santé, en plein essor industriel et en pleine explosion créative. « Ceci est une révolution » avait-il coutume de dire en présentant chacune de ses innovations à la tête d’Apple. Et c’est cet homme qui affirme qu’un après midi avec Socrate serait plus désirable que de conserver toute cette technologie.
Qu’est-ce à dire ?

Plantons le décor : Steve Jobs a abandonné ses fonctions de CEO chez Apple. Il s’est habillé en berger il a acheté un troupeau de brebis, et il attend Socrate au détour du chemin.

Steve Jobs (alias François Fouquet), berger du Vercors (vu ici)
Le voici qui arrive. Il est accompagné de Polos
- Pourrais-tu, Socrate, t’arrêter un moment ici, près de moi ? J’aurais à te poser une question.
- Les questions, mon bon, c’est moi qui les pose habituellement. Mais je veux bien t’écouter, d’autant que je crois bien que cet endroit pourrait  m’inspirer, car je vois des muses qui dansent là-bas près de la fontaine. Mais d’abord, dis-moi quel est ton nom ?
- Je m’appelle Stevopoulos, et j’étais il y a peu un puissant chef d’entreprise, tout ce que je faisais rapportait des millions de dollars et les plus puissants financiers étaient à mes pieds. Je viens de donner tout cela à mes compagnons et de partir sur les chemins du Vercors seul avec mon bâton et mes brebis.
Polos l’interrompt :
- Voilà bien une folie, étranger ! Tu avais la toute-puissance et tu y as renoncé ? Fallait-il que tu aies le cerveau dérangé ! À moins que tu n’aies été endoctriné par ces philosophes qui prétendent que le vrai bonheur est de renoncer à nos passions et que la vraie justice consiste à faire non ce qui t’est avantageux, mais ce qui est bon pour les plus faibles ?
- Personne ne m’a influencé, l’ami. Simplement je me suis senti très seul et très désorienté dans ma vie lorsque, constatant que j’avais réussi tout ce que j’avais entrepris, je me suis rendu compte que tout cela ne me suffisait pas et qu’il me fallait un autre horizon.
Un silence se fait, puis Socrate, tiraillant sa barbe comme il en avait l’habitude, prend la parole :
- Par Zeus, Stevopoulos, tu me rappelles un jeune homme rencontré sur l’Acropole l’autre jour. Comme toi il me demandait s’il devait rester chez son père à profiter de sa fortune ou bien s’il devait abandonner ses parents et partir suivre Platon pour écouter ses cours à l'Académie. Quand je lui ai demandé qu’est-ce qui, selon lui rendait la vie meilleure, il n’a pas su quoi répondre. Et toi, l’ami, que répondrais-tu ?
- Pourquoi crois-tu, Socrate, que j’aie tout quitté pour venir t’interroger si je savais répondre à cette question ? C’est à  toi de me le dire.
- Une autre question avant : pourquoi crois-tu que notre Nouveau-Stratège ait quitté la banque où il faisait fructifier son talent pour venir prendre la tête de notre Cité ? Tu sais qu’il s’agit d’un jeune et beau garçon et beaucoup d’hommes puissants tournaient autour de lui.
- Comme toi, Socrate !
- Tais-toi Polos ! – et toi, Stevopoulos, réponds à ma question.
- Je dois l’avouer, Socrate : Je l’ignore.
- Une autre question pour t’aider : qu’est-ce vaut mieux que l’or ?
- Eh bien, je crois qu’en s’enrichissant on fait ce qui est bon pour soi seul alors qu’en gouvernant la Cité on peut faire ce qui est bon pour tous le citoyens.
- Tu as raison, mon bon et je vois que les Dieux t’inspirent. Alors c’est le moment de réfléchir à ta question : est-ce qu’en faisant fabriquer toutes ces technologies que tu inventes tu fais ce qui est bon pour tes semblables, ou bien est-ce seulement un moyen de t’enrichir en les vendant très cher ?

Qu’auriez-vous répondu chers amis à cette question de Socrate ?
Si vous voulez savoir ce que Stevopoulos a répondu à Socrate, revenez ici demain.

2 comments:

Didier Martz said...

Seve : Les deux car en m'enrichissant, je fais également profiter les autres par ce qu'on appelle en économie libérale le ruissellement. Comme la glace accumulée en haut de la montagne ruisselle en fondant vers la vallée pour le bonheur de ses habitants, l'argent du riche retombe en produits, travail... sur le plus pauvre. Certes l'inégalité demeure mais elle profite à tous !

Socrate : ????

Jean-Pierre Hamel said...

Socrate bougonne qu’il a déjà répondu, mais c’est par le post du 7 juin, et on est le 6… La vieillesse entraine parfois la désorientation dans le temps, qu’y pouvons-nous ?
Bref, je réponds à sa place : la question est de savoir si beaucoup d’argent est signe de beaucoup de valeur – comme parait le croire Stevopoulos – et que le tout c’est de s’enrichir.
La question de Platon n’est sûrement pas celle de l’inégalité sociale, mais celle de la valeur acquise par les activités prodiguées en société. « En quoi ce que tu fais te rendra meilleur ? » et non « En quoi ce que tu fais te rendra plus riche ? »
L’idée est qu’il n’y a pas de rapport entre les deux réponses, ce que Marx a expliqué en disant qu’il n’y a pas de rapport nécessaire entre la valeur d’usage et la valeur d’échange.
Le Marché l’a contredit sur bien des points, mais pas sur celui-là.