Friday, April 25, 2014

Citation du 26 avril 2014

L'homme est un pou dans la chevelure du monde
Ferenc Rákóczy (Ecrivain suisse contemporain)

[Rappelons que les nazis prétendaient que les chambres à gaz ne servaient qu’à tuer des poux. Mais comme le faisait remarquer Hannah Arendt, ça ne changeait rien : pour eux les juifs n’étaient rien d’autre que des poux.
Ferenc Rákóczy promet peut-être à l’humanité le même sort, étant entendu que la disparition de l’humanité serait ce qui pourrait arriver de mieux dans la nature.]

Par rapport à la Planète les hommes sont non seulement des parasites, mais encore de parasites dégoutants : des poux !
L’homme a en effet les mêmes caractéristiques que les poux : comme eux il suce le sang – les ressources de la planète – comme eux il s’accroche à la chevelure de la terre qui du coup en devient chauve.

Comment peut-on supporter de se voir soi-même à travers cette image ? Si  nous la prenions au sérieux n’aurions-nous pas envie d’occire l’espèce humaine toute entière ?
Façon de remarquer que les Alceste d’aujourd’hui (1) se recrutent aussi dans les rangs des écologistes : le malheur d’être né n’est pas seulement un malheur pour nous, mais surtout pour notre planète.
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Mais enfin, qu’est-ce que notre espèce fait à la nature que les autres espèces ne font pas ? Est-ce parce que nous proliférons au-delà du raisonnable ? Est-ce parce que notre appétit de plaisir nous pousse à consommer toujours les meilleurs produits, les ortolans et le caviar au risque de les voir disparaitre de la surface de la terre ? Ou bien parce que nous aimons par-dessus tout le profit démesuré et sans limites qui n’a rien à voir avec les cycles naturels ?
… Oui, bien sûr, c’est cela. Eh bien alors, tâchons de faire du profit sans éventrer le sol, sans dénaturer la nature, sans bouleverser le monde : comme ça on pourra satisfaire notre instinct de suceur insatiable et nous laisserons les petites plantes et les petites bêtes proliférer.
Faisons du profit à la manière des spéculateurs financiers : sans toucher à l’économie réelle.
            - Jérôme Kerviel : notre futur ministre de l’écologie !
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(1) Je veux dire les misanthropes

Thursday, April 24, 2014

Citation du 25 avril 2014


L’homme qui, dès le commencement, a été longtemps baigné dans la molle atmosphère de la femme, dans l’odeur de ses mains, de son sein, de ses genoux, de sa chevelure, de ses vêtements souples et flottants, y a contracté une délicatesse d’épiderme et une distinction d’accent, une espèce d’androgynéité, sans lesquelles le génie le plus âpre et le plus viril reste, relativement à la perfection dans l’art, un être incomplet.
Charles Baudelaire – Les Paradis artificiels VII Chagrins d’enfance
Tu seras une femme mon fils
Anti-Slogan de la « Manif pour tous » hostile au mariage gay
et à l’enseignement des théories du genre etc…
L’homme n’est un homme viril qu’à condition d’avoir été tenu loin des femmes étant enfant : ainsi des petits garçons élevés au milieu des guerriers, contrairement à ceux qui, comme le petit Charles, ont été bercés longtemps dans le parfum de la chair des femmes. L’idée est que nous devenons ce que nous sommes en absorbant ce qui émane des corps humains présents dans notre milieu.
--> Du coup, voici défait le prétendu choix qui caractériserait notre genre (=gender) : la manière dont nous vivrons notre appartenance biologique à un sexe ne dépend certes pas totalement de sa réalité physiologique, mais pas non plus d’un choix délibéré (concernant par exemple notre « orientation sexuelle »), mais de l’environnement qui fut le nôtre étant petit. Autant dire que ce sont les parents – ou les circonstances – qui sont responsables et non une décision de l’intéressé.
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J’avoue qu’à présent, ce n’est pas le débat sur le gender qui me passionne, mais plutôt l’idée que non seulement notre personnalité mais aussi notre corps, sont des émanations de notre milieu. On sait bien qu’un garçon élevé par des femmes en garde des caractéristiques psychologiques indélébiles. Du coup, on estime parfois qu’il est plus prudent de faire comme certains peuples africains qui retirent les garçons du gynécée vers l’âge de 7 ans pour le confier aux guerriers.
Quelle erreur ! Baudelaire nous explique que cette espèce d’androgynéité qu’il a vécue étant petit est la condition indispensable pour devenir un être complet – voire même un génie supérieur (1).
Il ne s’agit donc pas du tout de savoir si les hommes sont supérieurs ou inférieurs aux femmes ; mais bien d’affirmer que c’est l’androgyne qui exprime le plus parfaitement l’espèce humaine. Ce que Platon disait déjà dans le Banquet (lire ici)
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(1) « le goût précoce du monde féminin, mundi muliebris, de tout cet appareil ondoyant, scintillant et parfumé, fait les génies supérieurs » écrit-il dans le même pasage.

Wednesday, April 23, 2014

Citation du 24 avril 2014


La mort révèle l'amour, c'est l'inconsolable qui pleure l'irremplaçable.
Vladimir Jankélévitch
Comment savoir si l’on aime ? Réponse de Jankélévitch : il suffit de se demander si on pourrait remplacer l’être que nous aimons. Et bien sûr, nul ne peut le remplacer, parce qu’il est unique. Donc l’adage : « Une de perdue, dix de retrouvée » est aux antipodes de l’amour.
… Mais la difficulté de savoir si on aime est simplement reculée d’un cran. Car encore faut-il savoir si celui ou celle que j’aime est réellement irremplaçable pour moi. Et là, notre philosophe me dit : le seul révélateur absolu est la mort.
Voyez Othello : lui, il est allé par jalousie jusqu’à trucider sa bien-aimée soupçonnée de lui être infidèle. Seulement voilà : à peine l’a-t-il assassinée qu’il réalise l’horreur de devoir désormais vivre sans elle. Il retourne son épée contre lui-même et se supprime : Desdémone était irremplaçable, la vie ne pourra plus jamais lui apporter ce bonheur sans lequel il ne peut plus continuer de vivre.
On l’a compris : personne ne peut réellement souhaiter user d’un tel révélateur. Pourtant il nous aide à comprendre que le véritable amour heureux est en réalité un amour incertain. C’est dans la souffrance que l’amour se révèle, par exemple dans le tragique de la rupture, quand l’autre s’est envolé vers d’autres amours, d’autres aventures. C’est là qu’on comprend combien notre aimé(e) nous était indispensable pour vivre et à quel point il(elle) est unique.
Etonnez-vous après cela que des charlatans vous promettent le retour de l’être aimé ?

Tuesday, April 22, 2014

Citation du 23 avril 2014


Le repliement dans le silence exprime une exigence de pure spiritualité, un effort vers l'humilité et le renoncement... Les juifs… n'ont pas eu à se réfugier dans le silence, ils ont toujours été les juifs du silence… (Voir citation complète en Annexe)
Vladimir Jankélévitch – Quelque part dans l'inachevé

Il y a deux formes de silence : celui de la spiritualité (la minute de silence) ; et celui de la discipline imposée (Silence dans les rangs !).
Jankélévitch parle ici du silence dans la musique, qu’on peut rencontrer également sous ces deux formes : le silence dans un nocturne de Chopin, et le silence que le pianiste réclame des auditeurs victimes de bronchite.
On pourrait encore espérer trouver une réunion des deux dans le silence comme règle imposée aux moines : volonté d’imposer le face à face méditatif avec Dieu à chaque instant de la journée.
Reste qu’un mot qui désigne des réalités différentes peut bien cacher deux significations totalement différentes sous une seule forme : c’est le cas de l’homonymie selon Aristote. Qu’y a-t-il de commun entre le silence de la spiritualité et le silence du « juif du silence » ?
On dira qu’à tout le moins, le silence est toujours coupure, séparation, isolement (j’allais dire : « isolation »). Par le silence nous nous retranchons – ou nous sommes retranchés. Retranchés du monde, et retranchés des autres.
Simplement, dans un cas il y a retour sur soi ; et dans l’autre privation de l’extérieur. Et bien sûr le second peut être la condition du premier.
C’est là que le silence imposé est souffrance : mais non pas parce que nous aurions besoin des autres pour être nous-mêmes. Bien au  contraire ! Comme le disait Pascal, être face à face avec nous-mêmes, voilà ce qui nous fait horreur.
- Allô ? Tu m’entends ? Oui, je suis dans le bus…
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Annexe :
Le repliement dans le silence exprime une exigence de pure spiritualité, un effort vers l'humilité et le renoncement. Cette exigence et cet effort sont particulièrement caractéristiques de l'esprit de la Réforme. Les juifs ne ressentent pas l'exigence ascétique et cathartique de la même façon puisqu'ils ont été en quelque sorte condamnés au silence par leur destin immémorial ; ils n'ont pas eu à se réfugier dans le silence, ils ont toujours été les juifs du silence… (Jankélévitch)

Monday, April 21, 2014

Citation du 22 avril 2014


On ne peut pas dire pourquoi. La raison de l'amour, c'est l'amour. La raison de l'amour, c'est qu'on aime.
Vladimir Jankélévitch – Qui suis-je ?
Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne peut s'exprimer qu'en répondant : « Parce que c'était lui, parce que c'était moi.»
Montaigne, Essais, I, 28 (La citation complète en annexe)
Deux remarques :
            - La première consiste à observer que l’amour est au-delà du discours sur l’amour. Aucun commentaire ne peut en rendre compte, sans doute parce que, comme pour l’amitié entre Montaigne et La Boétie, il consiste en une fusion entre deux âmes (1), ce qui efface toute possibilité de langage. En effet : c’est du sein de la conscience, là où le Je est juste en train de surgir, que l’amour se trouve ; et là, le langage n’est encore qu’intention de signifier.
            - La seconde se trouve énoncée par Jankélévitch : La raison de l'amour, c'est qu'on aime.
Autrement dit, en langage philosophique, l’amour est cause première – ou si l’on préfère, cause incausée. Si vous voulez dire encore autrement, l’amour est comme Dieu : il ne s’explique que par lui-même, ce qui le rend en réalité absolument opaque à l’entendement – et donc indicible autrement que par le poète.
On dira peut-être que l’amour est plus fort que tout, qu’il est – comme le croyaient les grecs à propos d’Eros – le Dieu qui a créé les autres Dieux. Ce n’est peut-être pas tout à fait vrai. Toutefois, comme le dit Montaigne (à propos de l’amitié) : Nous nous cherchions avant que de nous être vus. L’amitié comme l’amour est cause première simplement en ce sens qu’elle vient avant toutes les autres. C’est ce qu’on appelle la prédestination.

Alors, les psychanalystes vont ricaner : bien sûr que les amants qui s’étreignent pour la première fois (que ce ne soit que la main ou dans un corps à corps charnel) chavirent de bonheur parce que leurs rêves secrets, ceux qu’ils portent depuis leur petite enfance se trouvent enfin réalisés. C’est que leur amoureux n’est qu’un support pour leurs fantasmes.
- Ricanez tant que vous voudrez, messieurs les Psys-. Vous vous croyez forts parce que vous découpez le monde  en deux: celui des rêves et celui de la réalité.
Mais les amoureux,  quant  à eux, le bien savent bien : il n’y en  a qu’un.
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(1) Comme on le voit dans notre citation (en Annexe) la différence entre l’amitié et l’amour est que cette fusion est lente dans le premier cas, et instantanée dans l’amour-coup-de-foudre.
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Annexe
« Au demeurant, ce que nous appelons ordinairement amis et amitiés, ce ne sont qu'accointances et familiarités nouées par quelque occasion ou commodité, par le moyen de laquelle nos âmes s'entretiennent. En l'amitié de quoi je parle, elles se mêlent et confondent l'une en l'autre, d'un mélange si universel qu'elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes. Si on me presse de dire pourquoi je l'aimais, je sens que cela ne se peut exprimer, qu'en répondant : « Parce que c'était lui, parce que c'était moi. »

Sunday, April 20, 2014

Citation du 21 avril 2014


Le Saint-Esprit est le baiser de Dieu.
Bernard de Clairvaux – L'Amour de Dieu

 Dieu vous aime, c'est du Saint-Esprit que vous recevez le baiser.

Écrire sur Internet surtout dans un Blog apporte une liberté formidable : d’abord on est entièrement libre de dire ce que l’on veut ; ensuite, si on écrit des bêtises, elles disparaitront bientôt de l’écran, poussées dehors par un nouveau Post.
Je m’autorise ainsi, en ce Lundi de Pâques, à parler de l’Esprit Saint qui reste bien énigmatique : le Père, on sait Qui il est ; le Fils on imagine ; mais le Saint-Esprit ?...
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Donc originellement l’Esprit Saint est vent, souffle, pneuma. Ça, c’est la réalité « matérielle ». Maintenant il faut aussi dire ce que fait l’Esprit Saint. Si j’ai bien compris, il fait justement. Il est parole de Dieu une fois celle-ci proférée ; il est ce souffle qui anime la nature et les hommes (1) ;  il est ce qui inspire les prophètes et les croyants. Par exemple, c’est lui qui va féconder Marie (2).
Tout cela ne serait bon que pour les fidèles, afin de les aider à faire leur Pâques ? Pas du tout ! Car on l’utilise parfois pour faire comprendre ce principe politique de la plus haute importance : Le roi règne mais ne gouverne pas.
Et en effet, il semble bien que l’Esprit Saint ne soit là que pour exécuter la pensée de Dieu, c’est-à-dire pour gouverner. Dieu ne peut descendre dans le monde de la Création (3) = régner suppose une telle transcendance qu’il Lui faut une « interface » pour agir dans la Création.
… Et voilà notre 5ème République qui nous revient à l’esprit. Car le partage du pouvoir entre le Président et son Premier Ministre est bien obscur : comment le pouvoir souverain pourrait-il se partager ? Depuis Bodin on sait que c’est impossible. (4)
Le Président doit-il plutôt dire : Moi je pense, lui exécute. (Comme Sarkozy avec son Premier Ministre : « Il est mon collaborateur ») ? Mais alors, à trop rabaisser l’exécutant on lui fait perdre de son autorité – et en plus on pâtit de ses erreurs.
Le principe de notre constitution est donc plutôt à chercher dans la théologie : le premier ministre est au Président ce que l’Esprit-Saint est à Dieu.
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(1) Si les textes sacrés hébraïques ne mentionnent que les consonnes, c’est parce qu’on veut épargner les voyelles qui portent la voix et donc le souffle – c’est-à-dire le pneuma – et qu’on le veut par révérence pour celui-ci
(2) L’Ange à Marie : « L'Esprit-Saint viendra sur vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C'est pourquoi l'être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu. » Luc, I, 38 
(3) Si l’on exclut le Dieu omniprésent de la période hébraïque : façon de montrer que le peuple juif était bien le peuple élu.
(4) Jean Bodin – Les six livres de la République (Edition abrégée ici)