Thursday, July 03, 2008

Citation du 4 juillet 2008

Un bon mariage serait celui d'une femme aveugle avec un mari sourd.

Montaigne - Essais

Voilà une citation bien convenue : un bon mariage n’est possible que si l’on « oublie » les fautes du conjoint.

Et ces fautes sont : l’infidélité du mari (ne pas la voir), et les récriminations criardes de la femme (ne pas les entendre). Fermez le ban.

Et vous êtes content avec ça ? Non, n’est-ce pas.

- Parce que l’on doit admettre que ce qui caractérise l’homme, c’est ce qu’il fait, puisqu’il faut être aveugle pour le supporter. L’homme nous est dépeint comme un pragmatique, il est dans l’action, et même si son action est pécheresse, ça n’empêche qu’il est dans le monde, à agir sur lui.

Et ce qui caractérise la femme, c’est la parole, puisque le mieux est d’être sourd si l’on est à ses cotés. La femme parle, et l’essentiel n’est pas tant ce qu’elle dit, que le fait qu’elle soit définie par cette essence verbeuse.

- Voyez le sexisme qui se cache sous l’apparente égalité de la faute : à l’homme le domaine public, celui de la cité où il faut prendre les décisions et agir ; à la femme le domaine privé, celui de la maison, du foyer où l’action peut être remplacée par les sentiments – les ressentiments même – et donc par la parole. On n’est pas loin de la dichotomie de la cité grecque, qui se retrouve dans le statut de minorité où les femmes – de culture principalement méditerranéenne, mais hélas pas seulement - sont maintenues, parfois encore aujourd’hui.

Avec la libération des femmes, et le nouveau statut des hommes, Montaigne écrirait-il aujourd’hui : « Un bon mariage serait celui d'une femme et d’un mari, tous deux aveugles et sourds. » ?

Attention ! Je n’ai pas dit qu’il fallait cumuler les péchés de l’homme et les défauts des femmes pour arriver à l’égalité des sexes.

Wednesday, July 02, 2008

Citation du 3 juillet 2008

Le progrès n'est que l'accomplissement des utopies.

Oscar Wilde

Le progrès n'est que l'accomplissement des utopies.

Une citation, deux idées.

Deux idées, deux erreurs.

- Première idée : le progrès suppose toujours un projet ou du moins une représentation du désirable, quelque chose qui oriente et suscite l’effort pour avancer.

- Deuxième idée : le progrès suppose – également toujours – une rupture radicale avec le passé, et c’est pour cela qu’il est « l’accomplissement des utopies ».

- Première erreur : je conteste que le progrès soit systématiquement subordonné à un désir quelconque, qu’on le découvre comme l’enfant trouve un jouet au pied du sapin, le soir de Noël.

Si tel était le cas, nous saurions quoi chercher, et surtout nous saurions à quoi servent les découvertes que nous réalisons dans nos laboratoires. Or, si par exemple on sait que l’utopie serait de prolonger la vie humaine jusqu’à 150 ans ou de vivre en paix avec la planète entière, ce n’est pas pour autant qu'elle oriente nos recherches : nous ne saurions comment faire.

- Deuxième erreur : réciproquement, combien de fois a-t-on découvert par hasard quelque chose qu’on ne cherchait pas et que c’est secondairement qu’on s’est avisé des progrès qu’il nous permettait de faire (1).
Je crois que souvent, lorsque nous découvrons une nouvelle possibilité, n’avons aucun idée de ce que nous pourrions en faire. C’est alors que les spécialistes du marketing s’en emparent pour imaginer les plaisirs ou l’avantage qu’on en pourrait tirer. Et encore, bien heureux quand ils y arrivent : le « progrès » peut bien tomber à plat, et être un échec. Il se peut aussi que le public en fasse un usage qui n’était pas prévu, et qu’alors on invente en même temps le désir et sa satisfaction.

Le désirable aussi est une invention : nous ne savons même pas quelles seront les utopies de demain.

Bref : entre le projet et la prévision, il y a encore de l’espace pour l’invention d’un inimaginable futur.

(1) Voir le cas de la pénicilline (Post du 19 juin 2008)

Tuesday, July 01, 2008

Citation du 2 juillet 2008

L’union de Sylviane Carpentier, Miss Europe 53, et de son ami d’enfance, l’électricien Michel Warembourg…

Ici l’opération consiste évidemment à mettre au service du modèle petit-bourgeois, toute la gloire naturelle du couple : que ce bonheur, par définition mesquin, puisse être cependant choisi, voilà qui renfloue les millions de Français qui le partagent par condition.

Roland Barthes – Conjugales (Mythologies p.46)

Dans ce chapitre, Roland Barthes fait un bref inventaire de quelques mariages célèbres, et décrypte les mentalités qui se révèlent par leur délectation.

Entre 1954 et1956, Roland Barthes écrit les Mythologies où il décrypte les faits d’actualité qui lui semblent révélateurs des mythes sur les quels se construit la société française de l’époque.

50 ans plus tard, nous lisons encore ces textes : pourquoi ? Plaisir de retrouver le parfum désuet d’une époque révolue ? Etonnement de découvrir que 50 ans plus tôt les lignes de force des mentalités contemporaines étaient bien visibles ? Et si c’était aussi pour pointer les changements, les archaïsmes de ces textes ?

- D’abord, c’est vrai, ça saute aux yeux : Barthes tape fort et juste quand il choisit les mariages célèbres pour découvrir des traits significatifs de la mentalité contemporaine. Qu’aurait-il écrit, l’été dernier, du divorce, suivi de l’idylle et du remariage de Notre-Président ? Faut-il que nous soyons aveugles – ou blasés – pour en avoir fait une manœuvre politique et non un révélateur sociologique ! C’est de nous qu’il était question là-dedans et il fallait être Barthes pour le décrire.

- Mais il faudrait pointer aussi les décalages qui révèlent que ces textes ont été écrits à une époque qui n’est plus. Partout, ce que Barthes traque, c’est « le modèle petit-bourgeois », c’est la petite bourgeoisie qui est la consommatrice de ces faits d’époque, c’est sa mentalité qui nous réjouit si fort – nous, les élites.

Que sont devenus les petits-bourgeois ? Tout comme leurs grands frères les « bourgeois » ils ont disparu, emportés par l’histoire ; même la tentative de renflouement dans les « bourges » a fait long feu. Les bourgeois petits ou grands ont disparus, et à leur place, qui donc est apparu ?

Certains voudront répondre que la ménagère de moins de 50 ans ferait bien l’affaire. Je remarque que c’est là faire appel aux publicitaires, que si cette réponse est pertinente, alors ce sont eux qui possèdent les clefs de notre époque. Et pas les idéologues, religieux, philosophes, politiciens : tous au rancart !

Monday, June 30, 2008

Citation du 1er juillet 2008


Je crois en l’éternel féminin.

Miss.Tic – Exposition à la Galerie Fanny Guillon-Laffaille (1)

- Oui, je vois l’heure ; il est l’Éternité !

Baudelaire – L’horloge (Poème en prose)

« Il est l’Éternité » Baudelaire conclut ainsi un poème en prose où il prétend possible de lire l’heure dans la prunelle de sa « belle Féline », comme les chinois lisent l’heure dans l’œil des chats.

Qu’est-ce que cet Eternel qui est si féminin ?

- Au sens le plus courant l’éternel féminin, quelque soit la façon dont on le juge, signifie que toutes les femmes partagent la même essence, qu’elles sont toutes des filles d’Eve. De toute éternité elles ont donc le même comportement, la même attitude face à la vie, elles accordent la même importance aux passions, etc.

Et certes, voilà de quoi satisfaire les plus exigeantes d’entre elles, qui se méfient du féminisme à la Beauvoir (cf. Post du 23 janvier 2008) : oui, il y a une nature féminine, oui il peut y avoir une communauté des femmes ; oui c’est à elle de juger ce qui en fait partie et ce qui n’en fait pas partie.

- Permettez que je propose une interprétation un peu plus ambitieuse de cet éternité : celle de Baudelaire.

Que voit-on dans la prunelle de la femme aimée ?

Déjà, on peut dire qu’on y voit exactement la même chose que dans toute prunelle : on voit l’âme. Oui, la prunelle est la porte de l’âme, ce par quoi on sait ce que pense l’autre, ce qu’il ressent. Ne dit-on pas « Les yeux dans les yeux, dites-moi que vous ne mentez pas » ? – et pour soutenir le regard inquisiteur il faut ne rien avoir à cacher.

Si Baudelaire affirme que dans la prunelle de la femme aimée on voit l’Eternité, c’est que pour lui cette femme est Dieu. Car c’est à Dieu seul qu’il appartient d’être éternel.

L’Eternel est féminin parce que la femme est déesse. A condition d’être aimée.

(1) Courez vite voir cette expo, 4 avenue de Massine Paris – 8ème. Vous y découvrirez les pochoirs de Miss.Tic réalisés sur des tôles rouillées et rivetées, qui ajoutent leur chaleur et leur grain à ses œuvres. Ces tôles étant des réutilisation de fragments de démolition, je peux vous dire qu’on sait enfin ce qu’est devenu le porte avion Clemenceau : Miss.Tic l’a racheté.

Sunday, June 29, 2008

Citation du 30 juin 2008

L'homme est infiniment grand par rapport à l'infiniment petit et infiniment petit par rapport à l'infiniment grand ; ce qui le réduit presque à zéro.

Vladimir Jankélévitch

On suppose en lisant cette citation – que comme vous je découvre privée de son contexte – que Jankélévitch commente ici le passage des Pensées où Pascal parle des deux infinis (1).

Ce n’est pourtant pas le commentaire de ce passage si connu qui va me retenir, mais plutôt ce « presque zéro » que Jankélévitch, ce penseur de « presque rien », utilise pour qualifier l’homme.

Alors que pour Pascal, le zéro qui nous caractérise est celui de l’éloignement où nous sommes de l’infiniment grand et de l’infiniment petit, et qu’il nous rend incapable de la moindre connaissance objective – même un ciron ferait mieux – pour Jankélévitch ce « presque » zéro est la « marque de fabrique » de l’homme.

L’homme est un être incertain : capable d’héroïsme ou d’abnégation, mais aussi des pires horreurs, sa caractéristique est d’être à la fois au dessus et au-dessous de l’humanité (Merleau-Ponty) ; il peut basculer dans l’un ou dans l’autre de ces domaines. Mais jamais il ne sera vraiment et exclusivement ou l’un ou l’autre.

Une dernière remarque : on voit que l’homme n’étant ni ange, ni bête (encore Pascal) aucun absolu ne lui est accessible, celui du mal absolu pas plus que celui du souverain bien. C’est peut-être ça l’idée à la quelle on résisterait le plus volontiers : que la sainteté ne soit pas à notre portée, passe encore ; mais que l’horreur du bourreau qui déshonore l’humanité de sa présence ne soit encore qu’un petit rien du tout par rapport à l’infini du mal, comment l’accepter sans frémir ?

Frémissez tant que vous voudrez, mais si Jankélévitch et Pascal ont raison, l’homme – vous, moi – est ce presque zéro, cet ε qui oscille en permanence un cran au-dessus, un cran au-dessous de l'animal.

(1) Qu'est-ce qu'un homme, dans l'infini ? A lire ici

Saturday, June 28, 2008

Citation du 29 juin 2008

On n'est jamais mieux déçu que par soi-même.

Jean-Marie Poupart - C'est pas donné à tout le monde d'avoir une belle mort

Trop évidente pour être commentée, cette citation ?

Croyez-vous ?

Demandez autour de vous, vous verrez qu’il existe des gens assez contents d’eux mêmes et qui se trouvent toujours assez d’excuses pour expliquer par la malchance ou la malveillance leurs échecs ou leurs lâchetés. C’est ce qu’on appelle usuellement la mauvaise foi.

Donc, notre auteur (1) pense que la mauvaise foi, ce que Sartre appelait « le mensonge à soi même » ne saurait exister, sans doute parce qu’on ne pourrait être en même temps le menteur et la victime du mensonge.

Plutôt que d’entrer dans ce débat je voudrais dire qu’on est en plus confronté au problème à l’évaluation de soi-même : certains ne se croient-ils pas toujours capables d’être au-dessus des résultats qu’ils vont obtenir ? Lorsqu’on croit avoir réussi, c’est là que l’échec est bien décevant.

Alors il y a une expérience psychologique bien simple qui s’appelle « l’évaluation du niveau d’aspiration ». Il s’agit de demander à un sujet de tester son habileté – par exemple au lancer de pièce de monnaie sur une ligne tracée sur le sol (vous pouvez faire la même chose avec la pétanque). On demande au joueur d’évaluer le nombre de lancer qu’il compte réussir. On constate alors que cette évaluation va suivre, de tentative en tentative, les résultats : celui qui échoue va baisser son niveau d’aspiration ; celui qui réussit mieux que prévu va l’augmenter. Voilà, certes une grosse banalité. Sauf à dire que ce qui motive les changements d’aspiration à la baisse, ce n’est pas seulement le résultat objectif, c’est aussi la peur d’être déçu par soi-même.

Car, et c’est là aussi un aspect évident de notre citation, c’est que si on n'est jamais mieux déçu que par soi-même, c’est parce que là est la vraie déception, celle qui contient la fameuse blessure narcissique. Après tout on peut être absolument minable dans un domaine donné et ne pas en être déçu, ni en souffrir. Si nous craignons l’échec, c’est que nous avons un investissement narcissique dans le domaine concerné, et c’est celle-là qui est source de souffrance et donc de peur.

Mais ça peut être – en cas de succès – une source de jouissance et donc d’espérance.

Encore une banalité ? Que voulez-vous, c’est le sujet qui veut ça…

(1) Dont j’avoue n’avoir rien lu d’autre que cette citation fournie par un moteur de recherche avec la mention « écrivain canadien contemporain ». Si vous ne savez plus, dites-le moi.

Friday, June 27, 2008

Citation du 28 juin 2008

La pauvreté dans la jeunesse…a cela de magnifique qu’elle tourne toute la volonté vers l’effort et toute l’âme vers l’aspiration.

V. Hugo – Les misérables (III,V,III)

- Tiens ! Pierrot ! Comment vas-tu ? Ça fait vraiment longtemps que tu n’es pas venu me voir.

- Je sais grand-père, mais j’étais en stage pour mon CAP de boulangerie.
- Alors, ça a marché ?

- Oui, grand père,et j’ai trouvé une embauche pour septembre.

- Formidable ! Tu vas pouvoir te mettre en ménage avec Lily comme ça.

- Plaisante pas, Grand-père, tu sais ce que ça gagne un ouvrier boulanger ? Hein ? Dis un peu pour voir ? En plus je ne serai même pas à plein temps.

- Je ne sais pas moi… De toute façon, tu n’auras qu’à travailler plus et tu gagneras plus.

- Mais je te l’ai dit Grand-père, arrête de plaisanter. On n’aura même pas un Smic pour deux, plus un loyer à payer, plus les charges, plus les transports pour que Lily aille au lycée, à peine de quoi vivre. Imagine un peu qu’on ait un enfant en plus.

- Moi de mon temps, on ne se posait pas tant de question. On prenait ce qu’on nous donnait et ça allait bien comme ça.

- C’est justement pour ça que je suis venu te voir. Grand-père, comment on faisait de ton temps quand on était pauvre ?

- Ben on n’achetait presque rien, voilà. S’il le fallait, on faisait des kilomètres à pied pour trouver où acheter moins cher ; on fabriquait ce qu’on n’avait pas : ta grand-mère, elle faisait les vêtements des enfants, elle tricotait les chaussettes… Elle sait tricoter ta Lily ?

- …

- Et puis tiens, je me rappelle : quand ton père est né on acheté notre 1ère voiture. C’était une 4L. Elle est vite devenue trop petite,

- Alors tu l’as changée ?

- Mais pas du tout ! On a acheté une remorque et c’est tout.

- Bof…

- Mais tu sais Pierrot, la pauvreté, ça a été pour nous une bonne école. Ensuite, on n’a jamais songé à se plaindre, ni à demander des aides, des allocations, rien.

Grâce à la pauvreté on a appris le goût de l’effort, ce qui nous a permis d’être libres et autonomes.

- Merci pour la leçon, Grand-père. Je m’aperçois que papa, avec sa paye de technicien de surface était encore trop riche pour me permettre d’espérer un bel avenir.

Thursday, June 26, 2008

Citation du 27 juin 2008

Quand on s'abandonne, on ne souffre pas. Quand on s'abandonne même à la tristesse, on ne souffre plus.
Antoine de Saint-Exupéry
Courage fuyons ! On connaît cette boutade par la quelle on résume les thèses de Henri Laborit (1). On voit que cette intuition remonte à loin dans notre culture, à Saint-Exupéry, et même bien au-delà, et que les images pour l’illustrer sont légion. A commencer par celle du voilier qui fuit le gros temps, ou qui, surpris par lui, affale les voiles et se laisse dériver.
Les stoïciens soutenaient un peu la même idée, puisque nous ne devons pas lutter contre ce qui relève de la nature ; eux ils ont simplement ajouté qu’en plus on devait aimer ce qui nous arrive…
Bon, je ne vais pas épiloguer là-dessus. Par contre, ce qui surgit c’est l’objection : ne risquons-nous pas de devenir des légumes à regarder passer la vie sans bouger de peur de souffrir ?
Ou cette autre : ce qu’on abandonne pour éviter la souffrance, c’est ce qui est différent du milieu extérieur, c’est donc notre originalité, c’est notre individualité, comme le veulent les hindouistes pour qui l’individu – la personne - qui disparaît avec la mort ne méritait pas d’exister. Est-on prêt à jeter tout ça par-dessus bord ?
Ne vaudrait-il pas mieux souffrir, si pour l’éviter il faut rejeter tout ça ?
En tout cas, il y en a qui, pour ne pas souffrir, s’abrutissent d’alcool. Serge Gainsbourg, ivrogne avéré, disait : « Je ne peux pas être lucide 24 heures par jour. » Il soignait son pessimisme au scotch whisky. C’est plus toxique que le stoïcisme, mais à part ça…
(1) Quelques extraits de l’Eloge de la fuite, de Henri Laborit : ici et ici

Citation du 26 juin 2008

Dieu n'entre pas dans les détails ! Les détails, il les abandonne à la créature, pour que la demi-liberté de l'homme trouve à s'employer.
Vladimir Jankélévitch - La Mort
Jankélévitch, c’est l’homme qui disait qu’on ne posait jamais les bonnes questions concernant Dieu. Par exemple : « Quelle est la vitesse de Dieu en plein vol ? ».
Ici : « Dieu a-t-il créé les détails ? »
Toutefois, cette question, les théologiens et les philosophe médiévaux l’ont déjà posée à leur manière : « Quelle est l’efficace des causes secondes ? » Ce qui voulait dire : sachant que les hommes n’ont jamais le pouvoir de Dieu, quelle est la part de pouvoir qui leur reste, sachant qu’ils en ont nécessairement un peu, ne serait-ce que pour expliquer le péché.
Ce qui donne, réinterprété en langage jankélévitchien : « En quoi consistent les détails qui sont en notre pouvoir ? »
Là, je vous laisse libre de répondre comme vous l’entendrez. Je me contenterai de rappeler qu’au cours de l’histoire il y a un domaine qui a été attribué tantôt à l’homme, tantôt à Dieu, c’est le gouvernement de la société politique.
Parce que, ou bien vous direz comme Saint Thomas, que Dieu a voulu que les hommes se gouvernent eux-mêmes, et que la liberté humaine (l’efficace des causes secondes), éclairée il est vrai par la Révélation, doit y suffire.
Ou bien vous direz que l’humanité, tentée par le démon et portée vers le mal doit s’en remettre en permanence au gouvernement de Dieu. Mais comme Dieu n’est pas toujours là pour nous dire ce qu’il convient de faire, il faut suivre les prêtres qu’Il a désigné pour être l’interprète de Sa Sainte Volonté.
Donc faites bien attention à la façon dont vous allez répondre à la question : Dieu permet-il aux hommes de se gouverner eux-mêmes ?
Parce qu’il s’agit tout de même de savoir si c’est – ou non – un point de détail.

Monday, June 23, 2008

Citation du 25 juin 2008

L'art de diriger consiste à savoir abandonner la baguette pour ne pas gêner l'orchestre.

Herbert von Karajan

Quiconque est un peu anarchiste a dû se poser cette question : qu’est-ce qui se passerait si le chef d’orchestre devenu indisponible, celui-ci jouait sans chef, quitte à demander au premier violon de donner le signal du départ ?

Voilà la réponse de Karajan – réponse authentifiée par les nombreux enregistrements du Philharmonique de Berlin récemment diffusés à la télé : tous attestent que Karajan, s"il gardait sa baguette, il ne s'en servait pas pour conduire l'orchestre. Karajan dirigeait les yeux fermés.

Les yeux fermés, ça veut dire que le chef ne donne aucune directive précise en cours d’exécution, comme un geste pour retenir les timbales un peu sonores, ou pour exciter les violons un peu mous (1). Ça, quand ça existe, ça se voit, et le chef n’a sûrement pas les yeux fermés à ce moment là (voir le prédécesseur de Karajan : Furtwängler, dont on dit que les musiciens n’étaient jamais sûr de savoir comment il les dirigerait le soir du concert).

Alors, venons-en à la question qui vous brûle les lèvres, j’en suis sûr : comment fait-on pour diriger un orchestre ?

Selon Karajan, on peut dire à coup sûr que c’est avant le concert que le chef dirige son orchestre. Je veux dire : durant les répétitions, dont on dit qu’il en faisait un nombre se séances extraordinaire. L’orchestre devait accéder alors à une intimité totale avec l’œuvre, ou plutôt avec ce que le chef voulait faire de l’œuvre ; chaque instrumentiste ne pense même plus à ce qu’il doit faire : il le fait comme par instinct. C’est là que la baguette du chef risquerait de gêner l’orchestre.

Deuxième question toute aussi brûlante : que fait alors le chef devant son orchestre la baguette à la main, durant le concert ?

A mon avis, le chef qu’est Karajan mime la musique. Il est cet instrumentiste, dont le corps est l’instrument, qui restitue par ses attitudes, par ses mimiques, l’œuvre telle qu’il la ressent, telle qu’il la produit en même temps que l’orchestre. (2)

Je ne crois donc pas tout à fait à la thèse de Bergson selon la quelle si le chef d’orchestre, au cours du concert, mime effectivement la musique, il reste néanmoins extérieur à sa production. Je croirais plutôt une co-production : l’orchestre induit l’émotion vécue par le chef ; la vue du chef dans son émotion garantissant aux instrumentistes qu’ils ont bien sur la même « longueur d’onde » que lui.

(1) Les yeux fermés, ça veut dire aussi que le chef connaît par cœur la partition : mais ça c’est une autre histoire.

(2) Je suis persuadé que la plupart des chefs font place à ces deux fonctions : de donner au fur et à mesure non seulement le bon tempo, mais encore la juste exécution, et de vivre par ses attitudes la musique ainsi produite. D’ailleurs c’est aussi ce que fait le visage du pianiste, voire même son corps.

Citation du 24 juin 2008

N’importe quoi, sauf la vérité. Il n’y a que ça qui ne se vend pas.

Boris Vian

Ne jetez pas la pierre au vendeur soupçonné du coup d’être un fieffé charlatan qui vous trompe tant qu’il peut : si on mettait en vente la vérité, vous n’en voudriez pas.

Ecartons l’objection facile : si on achète ce dont on a besoin, la connaissance objective de l’objet acheté est indispensable. Car on n’achète jamais ce dont on a simplement besoin, ou plutôt cet acte d’achat est si inessentiel qu’il ne rencontre même pas notre conscience.

Supposez que vous teniez votre journal intime, au jour le jour. Vous marqueriez dedans : « Aujourd’hui, suis allé chez le boulanger acheter une baguette de pain. » ?

Non bien sûr. Vous pourriez écrie : « Aujourd’hui, j’ai trouvé une superbe revue sur les sports nautiques », ou bien : « Ai trouvé une paire de ballerines roses. Très choutes. »

Voilà donc l’idée simple : on n’achète jamais que ce qui fait plaisir, et la vérité ne fait pas plaisir. Au mieux elle satisfait un besoin ; on a besoin de vérité comme on a besoin de l’air qu’on respire. Alors, bien sûr, il peut se faire qu’on achète ce qui nous est nécessaire, et la connaissance qui peut aussi être nécessaire, peut aussi s’acheter.

Mais ça n’implique pas dans ce cas un vendeur. Le vendeur est là pour vous faire passer à l’acte d’achat ; il n’intervient que si vous n’êtes pas absolument déterminé à acheter. Il doit vous persuader que cet achat est bon, et pour cela il a deux possibilités : soit vous persuader que ce qu’il vous propose est loyal c'est-à-dire que votre besoin sera satisfait ; soit que votre bonheur ou votre plaisir est à ce prix.

Dans le premier cas, un comparatif d’achat ou un test de laboratoire ferait aussi bien – même mieux. Dans le second, c’est bien autre chose que la vérité qui est en cause, et là le talent du vendeur devra se déployer pour rencontrer votre désir secret.

« Désir secret » = celui qui nous fait croire qu’on peut acheter le bonheur.

Sunday, June 22, 2008

Citation du 23 juin 2008

Si nous créons quelque chose, c’est que le germe de cette chose n’était pas rigoureusement contenu dans l’instant antérieur.

J.P. Sartre – La responsabilité de l’écrivain (conférence à l’UNESCO, Paris, novembre 1946)

On a souvent de la création une idée fumeuse, principalement parce qu’on se focalise sur l’effort créateur, plutôt que sur son effet.

Et d’imaginer l’artiste en héros titanesque – Hugo ! - arc-bouté sur son œuvre, entrain de la faire jaillir du néant… Découragés par la distance qui nous éloigne d’un tel homme nous renonçons à imiter son effort.

- Sartre nous donne un critère simple : il y a création, dit-il, lorsqu’il y a production intentionnelle de ce qui ne s’est jamais produit, et qui ne n’aurait pu exister sans cette intention, autrement dit à chaque fois qu’il y a un acte libre.

C’est simple, oui, mais c’est un peu trop simple. L’acte le plus inessentiel peut donc être un acte créateur, dès lors qu’il serait fait pour la première fois ?

Alors ajoutons encore ceci : Sartre évoque le germe de cette chose qu’on appelle une création. Si ce germe n’est pas dans un enchaînement de causes et d’effets, alors il faut qu’il soit dans notre esprit, dans notre volonté, dans notre être, selon ce que vous voudrez dire ; il faut donc que cette chose nous exprime d’une façon ou d’une autre.

Non seulement la création c’est quelque chose qui n’existe que grâce à nous, mais surtout, en elle nous aimons à nous reconnaître.

– Reste à éviter le piège du narcissisme qui nous conduit à baptiser orgueilleusement « création » une production tout à fait quelconque.

Un exemple ? Les interminables séances photos de vacances que vous infligent vos amis. Là où il ne s’agit pas de vous faire partager le bonheur qu’ils ont vécu, ces gens-là espèrent vous faire reconnaître l’originalité de leurs images….

Car si la définition de Sartre a le mérite d’être claire, elle ne nous donne pas le moyen d’évaluer la création. Si toute création est originale, elle est comme un absolu : inclassable, incomparable, inévaluable. Comme l’infini

Quoique… Voyez l’infini : non seulement il y en a plusieurs, mais on peut encore les classer. Comme l’a montré Cantor, l’ensemble des entiers naturels a plus d’éléments que celui des nombres pairs, même si celui-ci est lui aussi un ensemble infini. On peut donc les classer.

Reste à trouver le modèle mathématique permettant de comparer les Fleurs du mal et Emaux et camées (1).

(1) Deux œuvres complètement différentes, puisque, malgré ce titre, Théophile Gautier ne fait pas comme Baudelaire l’apologie de la drogue

Saturday, June 21, 2008

Citation du 22 juin 2008

Dans le patois des Flandres, assure un explorateur, "épousailles" se dit "trouwplechtighied". Ce n'est pas un joli dialecte que le flamand.

Paul-Jean Toulet - Les trois impostures

Whangdepootenawah n. Dans la langue Ojibwa, désastre. Affliction inattendue qui frappe très très fort.

Ambrose Bierce - Le Dictionnaire du Diable (1911)

L’ethnocentrisme, celui qui rejette les cultures et les langues étrangères est peut-être aussi vieux que l’humanité, en tout cas il est aussi ancien que la civilisation. On sait que les grecs qualifiaient de barbares les étrangers, à commencer par les Thessaliens, dont la langue leur paraissait similaire au chant des oiseaux – barbaros étant alors une onomatopée qui en évoque le bruit.

Je connais une jeune étudiante chinoise qui me disait qu’au début de son séjour en France, ne comprenant rien à notre belle langue, elle appelait les français les « Blablas » parce que c’est tout ce qu’elle retenait de notre langage. Pas plus choquant que de se faire appeler barbare…

Alors, est-il scandaleux que « trouwplechtighied » signifie épousailles ? Et que « Whangdepootenawah » veuille dire « affliction inattendue » ? Le rapport entre le mot et l’idée est-il un rapport naturel ou bien n’existe-t-il que par la force de l’habitude ?

Sartre disait que pour lui le mot Florence désignait tout à la fois une femme, une ville et une fleur. Bon. Mais tout cela, qui se perdrait dans une autre langue, n’existe quand même pas par le fait de la nature des femmes et par celle des fleurs.

Au fond, ce qui choque dans ces mots étrangers « pas jolis », c’est qu’on n’éprouve pas de plaisir en les prononçant. Dans le plaisir de parler, il y a le plaisir de former des sonorités avec la langue, avec les lèvres, comme le bébé dans son babil. Oui, comme le bébé, nous aimons jouer avec les mots comme on joue avec des cailloux qu’on frictionne entre ses mains.

Alors, si c’est le jeu avec les sonorités qui compte, qu’importe que ce jeu ne soit pas exactement le même d’une langue à l’autre ? (1)

(1) Il et vrai que le français privé d’accent tonique favorise ces jeux que d’autres langues vont limiter - voir par exemple le célèbre vers de Corneille : Et le désir s’accroît quand l’effet se recule - Polyeucte, acte I (Citation du 6 mars 2006)

Friday, June 20, 2008

Citation du 21 juin 2008

- Comment il se fait que ce n'est qu'en cherchant les mots qu'on trouve les pensées.

Joseph Joubert - Carnets (28 février 1799)

- Si étrange que cela soit, nous sommes dominés par la nécessité de parler sans savoir ce que nous allons dire

Alain - Les idées et les âges


Si vous cherchez comment tirer parti des citations, en voici une : articulez-les pour en faire un tout (et non un catalogue).

1ère étape : pour trouver des pensées, commencez par chercher les mots pour les dire.

- Oui, mais comment les chercher si précisément les idées on ne les a pas ?

Selon Joubert, c’est un fait avéré, même si on ne se l’explique pas.

Il faut aller chercher Merleau-Ponty pour commencer à y voir plus clair. L’expression dit-il en substance est un va et vient entre l’intention de dire et ce qu’on dit effectivement. Ce que l’on connaît, c’est le décalage entre cette intention encore confuse et ce qu’on dit effectivement. C’est ce décalage qui nous révèle le contenu effectif de notre pensée. C’est aussi ce qui explique que la pensée soit fécondée par le langage – tant par la langue que par la culture.

2ème étape : parlez sans savoir ce que vous avez à dire, car si vous attendez de savoir ce que vous allez dire pour le dire, vous ne parlerez jamais.

Mais comment se fait-il que les uns disent des choses intéressantes, et les autres ne font que répéter ce qu’on a ressassé mille fois ? C’est précisément en répétant toujours les mêmes chose, les mêmes idées, les mêmes mots, qu’on parle sans penser, et donc « sans savoir ce qu’on dit »

C’est ce que dit Alain, et je ne crois pas pouvoir faire mieux que de vous donner son texte (Annexe).

Même si vous n’en lisez que les premiers mots, vous y découvrirez que la langue est un instrument – et pas un outil.

C’est déjà ça.

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« La langue est un instrument à penser. Les esprits que nous appelons paresseux, somnolents, inertes, sont vraisemblablement surtout incultes, et en se sens qu'ils n'ont qu'un petit nombre de mots et d'expressions ; et c'est un trait de vulgarité bien frappant que l'emploi d'un mot à tout faire. Cette pauvreté est encore bien riche, comme les bavardages et les querelles le font voir : toutefois la précipitation du débit et le retour des mêmes mots montrent bien que le mécanisme n'est nullement dominé. L'expression "ne pas savoir ce qu'on dit" prend alors tout son sens. On observera ce bavardage dans tous les genres d'ivresse et de délire. Et je ne crois même point qu'il arrive à un homme de déraisonner par d'autres causes ; l'emportement dans le discours fait de la folie avec des lieux communs. Aussi est-il vrai que le premier éclair de pensée, en tout homme et en tout enfant, est de trouver un sens à ce qu'il dit.

Si étrange que cela soit, nous sommes dominés par la nécessité de parler sans savoir ce que nous allons dire ; et cet état sibyllin est originaire en chacun ; l'enfant parle naturellement avant de penser, et il est compris des autres bien avant qu'il se comprenne lui-même. Penser c'est donc parler à soi. » Alain - Les idées et les âges

Thursday, June 19, 2008

Citation du 20 juin 2008

Le fait que les hommes tirent peu de profit des leçons de l'Histoire est la leçon la plus importante que l'Histoire nous enseigne.

Aldous Huxley - Collected essays

C’est un poncif un peu irritant : il faut apprendre l’histoire pour ne pas refaire les erreurs que nos ancêtres ont commises.

Car, à quoi bon apprendre ce qui ne sera plus ? Dès lors que l’époque a changé, même les erreurs qu’on y a commises ne sont plus possibles aujourd’hui.

Il y a quelques années Robert Hossein réalisait des grandes mises en scènes, des reconstitutions historiques comme le procès de Marie-Antoinette, et faisait voter le publique pour savoir s’il aurait condamné la malheureuse à l’échafaud. Ridicule.

Aldous Huxley nous aide donc à y voir plus clair : la leçon de l’Histoire (H majuscule !), c’est qu’il n’y en a pas. Et déjà pour la raison que nous avons dite.

Mais aussi j’aimerais suggérer que l’histoire en délimitant le territoire du changement (progrès des techniques et des sciences ; évolution des sociétés politique ; etc.), délimite aussi ce qui n’est pas soumis au changement (en gros : les besoins et les données physiologiques humains – et peut-être la nature humaine). Dans ce domaine, inutile d’espérer tirer parti des exemples passés là où nous ne pouvons que les répéter ; demanderait-on à un ivrogne de prendre exemple sur l’ivrognerie de son père pour y renoncer pour lui-même ?

S’il y a encore débat, c’est sans doute pour établir l’extension de ce qui ne change pas au cours de l’histoire. Les hommes de Cro-Magnon étaient-ils sensibles à la beauté d’un coucher de soleil ? Pouvaient-ils s’attendrir devant l’enfant qui vient de naître ? Etaient-ils secourables pour le malheureux affamé ?

Il n’est pas besoin d’être Rousseau pour se poser ces questions, même s’il est le seul à croire qu’on pouvait y répondre (1).



(1) Petit rappel. Rousseau affirme:

1 - Il y a une nature humaine.
2 - Cette nature change avec son environnement. Rien donc ne subsiste dans l'homme actuel de l'homme des origines
3 - L'histoire de ces changements est l'histoire de la corruption de l'humanité.
4 - La leçon qu'on peut tirer de l'histoire est simplement celle-ci : n'espérez pas revenir aux temps heureux de l'innocence originaire. Tout ce que vous pouvez espérer c'est d'arrêter cette évolution .

Wednesday, June 18, 2008

Citation du 19 juin 2008

Celui qui trouve sans chercher est celui qui a longtemps cherché sans trouver.

Gaston Bachelard

- La chasse de Pan : le Dieu Pan part à la chasse. Dans une clairière, il trouve une Nymphe au lieu du gibier qu’il convoitait. Il en fait son affaire.
Bacon (1) prend ce mythe comme illustration des hasards de l’expérience : la connaissance des choses rencontre, lors d’expériences ou de recherches pour des applications mécaniques, les inventions utiles par une sorte de hasard et comme dans la chasse de Pan. Ne pas tenter une expérience simplement parce que rien de semblable n’a jamais été tenté, certes. Mais ne pas exclure le hasard, qui doit même être introduit dans le protocole d’expérience.
C’est ce que Bacon appelle « la quête vagabonde »

- 3 septembre 1928 : découverte de la pénicilline par Fleming (2), le hasard ayant fait que sa culture de staphylocoques a été durant son absence, contaminée par une souche de champignon microscopique que cultive son voisin de paillasse. Fleming observe que les staphylocoques ont été détruits par le penicillium. Seulement voilà : Fleming bien que médecin ne voit que l’intérêt expérimental de cette découverte. Pendant plus de 10 ans, la pénicilline est utilisée pour sélectionner une bactérie qui lui résiste : on découvre la pénicilline non pour soigner en détruisant les bactéries, mais pour en cultiver une. L’application médicale se fera en 1940, soit 12 ans après la découverte de Fleming.

On peut trouver sans chercher, oui. Mais alors il faut aussi avoir longtemps cherché sans trouver.

Sinon, il faut aussi découvrir ce que l’on doit chercher.

(1) The advancement of learning

(2) Alexander Fleming (pas Ian Fleming…). Pour les détails de la découverte, voir par exemple ici.

Tuesday, June 17, 2008

Citation du 18 juin 2008

Le peuple, il n'a pas d'idéal, il n'a que des besoins.
Louis-Ferdinand Céline
Le peuple, n'a pas d'idéal, il n'a que des besoins. Ne dites pas ça à nos hommes politiques, car vous allez les désespérer.
Oui, je dis bien « les désespérer », et non les réjouir.
Car certes, on croit qu’ils rêvent d’un peuple bien avachi dans ses désirs de consommation, et qu’on pourrait tenir avec des fêtes et des manifestations grandiloquentes. Encore que… Voyez le peuple romain réclamant Panem et circenses : les jeux du cirque pour se divertir et du pain pour manger. Les jeux du cirque, pour les produire, il suffit d’avoir des chrétiens et des lions ; par contre, pour donner du pain, il faut encore avoir des esclaves qui cultivent les champs.
Franchissons encore une étape : les idéaux, on peut toujours faire rêver qu’on s’en rapproche. Qui donc reprochera à un dirigeant politique de ne pas avoir donné le bonheur éternel aux amoureux, la liberté aux passionnés, la paix de l’âme aux anxieux ? Par contre, il lui suffira de dire que les lois qui réorganisent la presse, ou l’école, ou même qui réglementent l’accueil les réfugiés sur le sol de notre belle patrie sont la condition pour réaliser nos idéaux, et nous pourrons y rêver. Que demander de plus ?
Par contre, faites rêver le mal logé et lui disant qu’il a trouvé l’appartement qu’on lui promet depuis 10 ans. Là il faut de la réalité, de la belle et dure réalité. De celle qu’aucune discours ne pourra remplacer.
Alors, quand vous réclamez au gouvernement du pouvoir d’achat, qu’est-ce que vous croyez qu’il va arriver ? On va vous répondre : « Les caisses sont vides, débrouillez-vous tout seul.
D’ailleurs, vous êtes des porcs à réclamer comme ça plus de plaisirs et moins de travail. Il est temps de remettre de la morale dans la politique.
Oui, mesdames et messiers, de la morale, j’ose ce gros mot.
Cherchez plutôt dans les valeurs qui sont au-delà de votre ligne d’horizon : comment pouvez-vous vivre sans l’idéal enseigné par les religions ?
Oui, l’homme a besoin d’idéal plus encore que de pains ou de vacances aux Seychelles.
Et ça, vos chefs politiques peuvent vous y conduire.
Suivez-les. »

Monday, June 16, 2008

Citation du 17 juin 2008

Deucalion et Pyrrha

Nous sommes, à nous deux, les seuls débris de l'espèce humaine ; les dieux l'ont ainsi voulu ; ils ont sauvé en nous un modèle des hommes

Ovide – Métamorphoses - Livre 1

Lorsqu’on imagine les débuts de l’humanité avec un couple originaire (Adam et Eve, Noé et… (1)), on se demande comment l’humanité a pu se développer à partir de là.

Alors, il y bien sûr les frères les sœurs qui peuvent s’y mettre aussi. Mais ça ne change rien : comment faire pour échapper à l’inceste et à la consanguinité ?

La solution a pourtant été trouvée : Deucalion et Pyrrha, ont selon Ovide repeuplé la terre en semant des pierres : à chaque nouvelle pierre jetée pardessus leur épaule un nouvel enfant naissait.

On résout ainsi deux problèmes d’un seul coup :

- on sait que les hommes naissent de la terre, comme les herbes ou les arbres : ils ne sont pas fils de l’homme, et s’ils sont frères, c’est pour être issus du même terroir. Ils sont ce que l’on appelle des autochtones

- et puis on sait aussi que leur procréation est un fait surnaturel.

Oui, mais, ça signifie donc que l’acte sexuel n’a plus de rapport avec la procréation, et réciproquement ?

Exactement : les célèbres Trobriandais peuple des îles Trobriand (N.O. de la Mélanésie) étudiés par Malinowski (2), croient que les enfants sont l’œuvre d’un esprit surnaturel, et que la paternité n’existe pas. Ils en feraient même un principe de la nature, puisqu’ils laissent leurs truies errer dans la forêt d’où elles reviennent engrossées par des porcs sauvages, alors même qu’ils ont un tabou alimentaire sur ces derniers. Ils ajoutent comme preuve que les filles n’ont jamais d’enfant hors mariage, bien qu’elles aient une totale liberté sexuelle.

Ouf !

(1) La Genèse ne donne pas le nom de la femme de Noé.
(2) Dans la vie sexuelle des sauvages du nord-ouest de la Mélanésie (à télécharger ici)

Sunday, June 15, 2008

Citation du 16 juin 2008



Ceci est une pipe – Miss.Tic

Si vous êtes majeur, vous avez le droit de retourner votre écran pour contempler l’œuvre de Miss.Tic

Moi, je dis merci à Miss.Tic.

Merci de décomplexer les hommes, qui sont toujours suspectés d’avoir des idées un peu cochonnes dans des situations où la culture et l’élévation d’esprit sont de rigueur.

- L’étudiante de l’école du Louvres qui vous sert de guide au musée a un décolleté avantageux ? Le jeune couple qui suit ses explications se tient enlacé un peu fort ? Et voici l’imagination du mâle qui part à bride abattue. Et voici finie l’exaltation devant l’œuvre sublime…

- Et quand vous entendez le mot pipe, à quoi pensez-vous ?

- A la même chose que vous, grand dégoûtant !

--> Oui, mais voilà Miss.Tic qui arrive.

- Inutile de vous culpabiliser : si Magritte a choisi la pipe pour nous alerter sur l’équivoque de l’art, c’est parce que la pipe est elle-même un objet équivoque. Alors avouons-le, et pensons à autre chose. Car ce qui compte c’est qu’on ne perde pas de temps à fantasmer là-dessus. Hop ! Un petit pochoir, ça soulage.

Et maintenant, le sourire de la Joconde, ça vous va ?

- Merci Miss.Tic !

Saturday, June 14, 2008

Citation du 15 juin 2008

Ce qu'il y a de plus extraordinaire peut-être dans le besoin de l'extraordinaire, c'est que c'est, de tous les besoins de l'esprit, celui qu'on a le moins de peine à contenter.

André Gide - Journal 1889-1939

De tous les besoins de l'esprit, l’extraordinaire est celui qu'on a le moins de peine à contenter : voilà une pensée à la fois piquante et évidente… trop peut-être. C’est le genre de pensée à la quelle on acquiesce en se disant : « Ça, c’est bien vrai», avec l’impression toutefois que ça ne devrait peut-être pas aller de soi.

L’idée, c’est que l’extraordinaire résulte en fait de la rencontre d’un désir et du hasard. Aristote le disait : si je lance un tabouret en l’air, qu’il retombe n’importe comment, c’est le hasard ; qu’il retombe sur ses pieds, c’est la chance (1). Mais ça ne fait aucune de différence pour le tabouret. En réalité, l’extraordinaire ne contrevient pas aux lois de la nature ; il résulte seulement d’une interprétation subjective : tant que l’arc-en-ciel a été vu comme l’écharpe d’Iris, il a été extraordinaire. Voilà pourquoi ce besoin est si facile à satisfaire.

Mais ne devrions-nous pas être un peu plus exigeant ?

Et si l’extraordinaire était non seulement ce qui nous surprend, nous émerveille, mais en plus ce qui ne résulte pas des lois ordinaires de la nature ?

Et si, pour être tel, l’extraordinaire devait être une création, une invention humaine ? L’extraordinaire, c’est d’abord l’homme d’exception. C’est le génie. C’est aussi le monstre, et il faut avouer qu’ils sont plus courants que les génies.

Alors, bien sûr, cette fascination pour l’extraordinaire fait qu’on est attirés par les monstres dont l’exception nous stupéfie, suscitant effroi et attirance. Hitler a sans doute profité d’un tel sentiment, et nous devons nous en méfier.

Mais reste que les œuvres humaines sont aussi des productions qui dérogent à l’ordre de la nature : soit un tout petit peu (chaque petite œuvre est une déjà une création) ; soit beaucoup.

Ce qui ne dérange rien est insignifiant.

(1) Je ne sais plus où j’ai lu ça. Si vous avez la référence, merci de me la communiquer. Sinon, ça sera une pensée de plus « attribuée à » Aristote, qui n’en est plus à une près.