Tuesday, February 07, 2012

Citation du 8 février 2012

Dans une société bien réglée, les bons doivent servir de modèle et les méchants d'exemple.

Louis de Bonald – Maximes et pensées

Observons :

1 – Que le terme d’exemple nous est présenté comme étant le contraire (l’antonyme) de celui de modèle – ce qu’il n’est pas tout à fait.

2 – Qu’une société bien réglée a besoin de non seulement de modèles, c’est à dire d’idéaux pour conduire les efforts des citoyens, mais aussi de pôles répulsifs pour leur montrer ce qu’il faut éviter.

3 – Que les méchants peuvent par là, être utiles à quelque chose pour la vie de la société.

--> C’est là que la remarque de Bonald est un peu courte. Parce que les méchants ne sont pas par eux-mêmes des exemples de ce qu’il ne faut pas faire. Ils pourraient même passer aux yeux de certains pour des modèles à envier.

Il faut donc, comme Durkheim nous y invite, voir dans la sévère application des lois répressives l’occasion de l’indispensable prise de conscience de sa respectabilité. C’est la punition des méchants qui nous donne l’occasion de comprendre qu’il ne faut surtout pas faire ce qu’ils ont fait – à condition que cette punition soit ordonnée par la loi et exécutée par la Force publique.

L’exemple bénéfique que nous donnent les méchants suppose une visibilité de leur faute à travers le spectacle de leur supplice. Qu’il y ait des échafauds sur la place publique et des bourreaux, des tambours voilés de crêpes noirs, des gardes armés et des charrettes.

Reste qu’il y a un risque que la punition, au lieu de nous faire observer la dignité de la loi, nous serve simplement à reconnaitre les méchants. Or si les méchants sont ceux que l’on punit, des innocents risquent bien d’être présentés à leur place comme des exemples de ce qu’il faut haïr.

Par exemple, même avec tout ce décor, comment sommes-nous sûrs que Marie-Antoinette (ici croquée par David sur le chemin de l’échafaud) est une criminelle qui va expier ses crimes, plutôt qu’une martyre sacrifiée par la Révolution ?

2 comments:

Anonymous said...

Votre texte me laisse perplexe, aujourd'hui.

Perplexe mais en même temps rêveuse. Un monde peuplé de méchants... ?

Imaginons ! Le monde est habité par des méchants, seulement - les bons n'existent pas.

Qui le gouvernerait ce monde ? Les plus méchants de tous ou les moins ?

Je vais aller y réfléchir.

Marjo

P.S.

Vos textes sont vraiment instructifs et intéressants. Depuis que je vous lis, j'ai appris du nouveau à chaque fois. Merci !

Jean-Pierre Hamel said...

Bonald ne parle pas d'un monde peuplé de méchants, mais simplement de gens ordinaires.
Ordinaires, ça veut dire qu'ils ne font pas le mal par plaisir, mais qu'ils n’obéissent pas non plus aux lois très spontanément. Des gens comme vous et moi.
Dans ce monde, nous avons besoins de "salauds" exemplaires, qui vont mettre en lumière ce qui se passe quand on bafoue les lois.
Par exemple : un Dutroux pour les actes pervers.
Ou aussi : un Madoff pour la finance.
J-P
P.S. Quand à savoir si les méchants seraient qualifiés pour gouverner le monde, c'est une question débattue depuis Platon au moins.
C'est débattu _en tant que question_ ; mais dans la réalité, je vous laisse juger ce qu'il en est...