Sunday, September 09, 2012

Citation du 10 septembre 2012



Ô privilège du génie ! Lorsqu’on vient d’entendre un morceau de Mozart, le silence qui lui succède est encore de lui.
Sacha Guitry – Toutes Réflexions faites
Je ne cite pas trop souvent Sacha Guitry parce qu’il est difficile de trouver une citation de lui où l’enflure prétentieuse de son style ne vienne pas tout gâcher.
Paradoxe : j’en propose une qui, outre ce défaut, a en plus celui d’enfoncer une porte ouverte. Car il est évident que le silence en musique est de la musique (1), et que la dernière note jouée n’achève pas l’œuvre définitivement. Il y a un certain silence qui la suit, silence qui appartient justement à l’œuvre, qu’elle soit de Mozart, de Wagner, de Schönberg – ou de qui on voudra.
D’ailleurs on reconnait le manque de culture musicale d’un public à la précipitation de ses applaudissements : oublions les cas désastreux où il a applaudi avant la fin de l’œuvre – la honte ! Mais il y a aussi les cas où le public applaudit à peine la dernière note a-t-elle retenti. Dans ce cas on peut être sûr qu’il s’agit de gens qui sont restés extérieurs à la musique et qui applaudissent comme pressés de partir. (2)
Sur ce silence final de l’œuvre, on pourrait aussi évoquer celui du chef d’orchestre. Il s’agit de l’instant qui précède juste son premier mouvement, celui qui marque son retour dans la réalité environnante, et que les caméras indiscrètes captent parfois, nous montrant un homme encore entièrement dans la tension de l’œuvre, pas encore affaissé par la détente musculaire, pas encore à se tourner vers le public pour recueillir ses applaudissements. Cet instant est de la musique transformée en affect et c’est un instant plus ou moins long selon les chefs (on se souvient que Karajan mettait un certain temps pour sortir de l’envoutement où il était plongé).
Bref : voilà ce qu’on gagne à être dans une salle de concert et non dans son salon à coté de ses baffles – ou dans le bus avec son MP3 : interpréter le silence final de l’œuvre.
Même les gens comme moi qui ne savent jouer d’aucun instrument savent encore jouer du silence.
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(1) Je laisse de côté le cas du jazz.
(2) Je laisse de côté le cas des ouvertures brillantes qui excitent tellement les centres nerveux que les applaudissements explosent dès la dernière note envoyée, un peu comme on lâche les chiens de meute. On échappe de peu à la standing ovation.

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