Thursday, September 14, 2006
Citation du 14 septembre 2006
Wednesday, September 13, 2006
Citation du 13 septembre 2006
Tuesday, September 12, 2006
Citation du 12 septembre 2006
Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie / Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,/ Si… /Si…/Si…/Si…/Si…/ Tu seras un homme mon fils.(1)
Rudyard Kipling
Bien le bonjour à mes fils, connus et inconnus. Je tiens à leur dire ceci : je considère que Kipling est responsable de la dénatalité dans les pays anglo-saxons. Je ne leur ferai donc pas le coup du : « Fiston, si tu veux être un homme, assieds-toi là, près de mon fauteuil roulant, et écoute moi. Et parle plus fort, parce que les piles de mon Sonotone sont à plat.»
Et en effet, dites-moi si vous auriez envie de venir au monde avec un tel cahier des charges ? Reportez vous au texte (1), et voyez toutes les avanies qu’il vous faudra endurer pour mériter d’être considéré comme un homme, toutes les misères de la vie qui vous attend. On en est bien à dire, comme le Silène du mythe : « Quel malheur pour toi que d’être né ! » On n’a pas le droit de faire aux autres ce qu’on n’aimerait pas qu’on nous fît (sic !) ; donc ne faisons pas un malheureux de plus.
Mais tout ça, c’est des vieilles lunes. Plus personne ne s’intéresse à ce poème, et même les assiettes décorées de propos édifiants l’ont oublié. C’est qu’en fait, ce sont maintenant les fils qui donnent la leçon aux pères. Et cela pour deux raisons :
1 - Le monde est en changement rapide et constant. Celui dans le quel les pères ont vécu le temps de leur jeunesse a disparu lorsque la nouvelle génération arrive.
2- Mais en même temps, la durée de vie s’allonge : les vieux n’en finissent pas de survivre. Comment vont-ils faire pour s’adapter aux nouvelles règles de la vie sociale, aux parlers, aux coutumes, aux techniques ? Et je ne parle pas des effet de mode qui ne font que passer. Les pères ont besoin des fils pour se recycler dans le monde tel qu’il est devenu.
Alors voyez-vous, je propose que l’absurde fête des Pères soit supprimée - bon débarras - Et qu’en revanche soit créée la Fête des fils (2).
Le 25 décembre, ça vous dit ?
(1) Pour la liste complète des conditions, voir le texte. http://parati.fraternite.net
Sunday, September 10, 2006
Citation du 11 septembre 2006
Comprendre, c’est toujours comprendre la chose la plus simple du monde.
Alain - « Le Culte de la Raison comme fondement de la République » (Conférence populaire)
Alain est un optimiste rationnel. Il est un professeur heureux, qui pense que chaque homme est capable d’apprendre et de comprendre à condition qu’on fasse appel à sa raison. Alain, c’est l’homme qui a fait sienne la devise cartésienne : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » (1)
Comme ni Alain, ni - a fortiori - Descartes ne connaissaient l’IUFM, nous devrions être capable de comprendre leurs principes pédagogiques. Je crois que tout sera résumé par l’idée d’analyse. Qu’est-ce que la chose la plus simple du monde? Réponse : la chose qu’on ne peut plus subdiviser. La « chose », ou plutôt la connaissance, le jugement, l’idée. Car il faut comprendre qu’on n’est pas du tout dans le domaine de l’examen du réel, mais dans celui de la connaissance. Et dans ce domaine, ce qui est difficile, c’est ce qui est complexe, et ce qui est complexe c’est ce qui n’a pas été encore complètement analysé. (2)
Comment devons-nous diviser les difficultés ? En utilisant la raison pour trouver les articulations qui passent entre les idées, « claires et distinctes », c’est à dire absolument vraies et absolument indécomposables (3). On butte en effet nécessairement sur des vérités premières, évidentes par elles-mêmes (du genre : deux droites ne peuvent enclore un espace). La chose la plus simple du monde a donc les caractéristiques de l’axiome ou de la définition en mathématiques : sa vérité s’impose à nous, elle élimine le doute, et nulle obscurité ne subsiste plus.
Toutefois, comprendre, c’est « prendre ensemble » : après l’analyse, vient la synthèse. La synthèse peut, elle aussi, être « simple ». Pour cela, il faut, après avoir découvert la chose la plus simple du monde, enchaîner ces vérités élémentaires, dans une raisonnement qui assure leur articulation de façon parfaitement logique. Exactement comme dans la démonstration d’un problème de géométrie. Et ces articulations logiques sont par elles-mêmes la chose la plus simple du monde.
C.Q.F.D.
(1) Cf. commentaire de la Citation du 24 mars 2006
(2) Un exemple ? (2+2=4) se décompose en {(1+1)+(1+1)=(1+1+1+1)}
(3) Les amateurs de Michel Houellebecq se reporteront aux Particules élémentaires, auteur cartésien s’il en fut.
Saturday, September 09, 2006
Citation du 10 septembre 2006
Il n'est rien qui soit véritablement à nous que nos erreurs.
Victor Brochard - De l'erreur
Si l’erreur est notre seule propriété, c’est qu’elle exprime notre être véritable, et qu’à la question « qui suis-je ? » il faut répondre : « Je suis la somme de mes erreurs. »
Il y a de quoi écrire des volumes là dessus. Moi qui m’en tiens à quelques remarques (quelques « starters » de réflexion, si possible), je dirai simplement que la phrase de V. Brochard (1858-1907. Spécialiste des sceptiques grecs) affirme que l’erreur est une création, et que donc ce n’est pas un pur néant.
C’est une création parce qu’elle ne peut nous exprimer qu’à condition d’être une œuvre individuelle. La vérité n’est pas une œuvre et elle n’est surtout pas individuelle. Soit le théorème de Pythagore. Puis-je imaginer que c’est une création de Pythagore ? Si c’était le cas, la vérité contenue dans ce théorème aurait commencé d’être au moment même où Pythagore l’aurait énoncée pour la première fois. La théorie de la réminiscence de Platon veut dire ça : les vérités sont éternelles on ne peut croire qu’elle aient commencé avec nous.
Soit. Mais on pourrait croire aussi que l’erreur nous appartient parce qu’elle exprime notre imperfection. C’est Descartes qui le dit : Dieu a, dans Sa grande bonté créé les vérités, et les erreurs ne sont que l’effet de l’imperfection de la créature. L’erreur est humaine.
Oui, mais si l’erreur - en tant qu’imperfection - est un néant, elle n’est pas une œuvre, et donc elle n’est pas notre bien le plus authentique ; elle n’est qu’une conséquence de notre finitude, tout comme l’est notre mortalité. Reste donc à dire que l’erreur est invention. Comme la vérité ? soit. Mais la vérité ne nous appartient pas en propre parce qu’elle doit pouvoir se partager, alors que l’erreur est cette invention que personne ne pourra partager avec moi.
Si donc l’erreur est quelque chose, qu’est-elle ? L’erreur ne produit pas de connaissance ; certes. Mais elle produit du sens. A côté de la vérité, il y a encore de la place pour du sens. Restons avec Descartes : lorsqu’il dit par exemple que les poumons ont pour fonction de refroidir le sang échauffé par le cœur, c’est faux bien sûr ; mais ça a du sens par rapport à sa doctrine mécaniste.
Friday, September 08, 2006
Citation du 9 septembre 2006
Thursday, September 07, 2006
Citation du 8 septembre 2006
Ce n'est pas le chemin qui est difficile, c'est le difficile qui est le chemin.
Sören Kierkegaard
Tiens, voilà un Chiasme (1). Si je dis cela, ce n’est pas que je sois pédant (mais non !) ; c’est plutôt que cette figure rhétorique surprend par sa banalité sous la plume de Kierkegaard.
Mais c’est que sans doute, il n’y a pas manière de dire plus simplement les choses. Ne dites jamais de façon compliquée ce qui peut être dit simplement. Mais ne faites jamais ce qui est facile quand vous pouvez faire ce qui est difficile.
Application :
- pour rentrer chez soi, prendre l’autoroute au lieu de grimper les montagnes et de serpenter de vallée en vallée
- lire les critiques du dernier Houellebecq au lieu de s’envoyer la lecture de son livre
- utiliser sa machine à laver sans prendre connaissance du mode d’emploi.
- attendre de TF1 l’oubli de nos angoisses existentielles.
Le « chemin » n’est pas par là : Kierkegaard a bien raison. Mais pourquoi la difficulté est-elle l’indice de la direction à prendre ?
Si on prend au pied de la lettre la thèse de Kierkegaard, la seule réponse possible est que le but de l’action, ce qui va déterminer son succès, ce n’est pas la transformation du monde, mais celle du sujet agissant. Car ce qui est difficile, c’est ce qui demande un effort ; et l’effort est ce qui développe les facultés de celui qui agit. Donc si toute action, quelle qu’elle soit, est bonne à condition d’être difficile, c’est parce qu’elle doit œuvrer à l’amélioration du sujet, et rien d’autre.
Vous avez compris ? Bon. Maintenant, retournez à votre Sudoku
(1) Chiasme : Figure de style consistant à inverser l'ordre des termes dans les parties symétriques de deux membres de phrase de manière à former un parallèle ou une antithèse. (Source : TLF)
Wednesday, September 06, 2006
Citation du 7 septembre 2006
Où est allé Dieu? s'écria [l’insensé] je vais vous le dire. Nous l'avons tué.., vous et moi ! C'est nous, nous tous, qui sommes ses assassins.
Nietzsche - La gai savoir, § 125
C’est un fou qui parle ; fou, déjà parce qu’il cherche Dieu en plein jour avec une lanterne allumée, comme Diogène cherchant l’homme ; et c’est un fou parce que personne ne le croit. (1)
Et en effet, comment savons-nous que Dieu est mort ? A quel signe, à quelle lacune reconnaissons-nous que Dieu n’est plus ? Ceux qui ne croient pas en Dieu ricanent : « Dieu n’a jamais été ! Comment pourrait-il disparaître ? » C’est qu’ils ignorent que la foi est une réalité qui, même si elle n’est pas une grâce de Dieu, même si elle n’est qu’une invention humaine, produit du sens et une richesse humaine bien spécifique.
Je trouve que Sartre a bien résumé la situation : « Dieu est mort, n'entendons pas par là qu'il n'existe pas, ni même qu'il n'existe plus... Il nous parlait et il se tait... ». La mort, c’est l’absence, la lacune, le vide qui se creuse là où quelque chose existait. L’absence de Dieu, c’est son silence. Car que fait Dieu ? Il nous parle. Il est dans notre cœur comme ce qui y produit du sens, de l’émotion : voilà ce que dit le dévot. Lorsqu’il n’y a plus d’émotion, plus de pensées religieuses, alors Dieu n’est plus ; entendez qu’il n’est plus que l’objet abstrait d’un rite qui a perdu son sens.
Mais l’Insensé de Nietzsche va plus loin : « C'est nous, nous tous, qui sommes ses assassins». Autrement dit, si Dieu ne nous parle plus, c’est parce que nous ne l’écoutons plus. C’est aussi simple que ça. Alors on dira que c’est un dialogue avec nous-même que nous avons nommé « rencontre avec Dieu » (voir référence à Platon du 2 septembre). Mais ce qui compte ce n’est pas que nous ayons inventé Dieu. C’est que notre invention soit transcendante à nous-mêmes que nous y reconnaissions quelque chose qui nous dépasse infiniment.
La mort de Dieu, c’est au moins le repli sur l’immanence.
Repli provisoire dira Nietzsche : en attendant le surhomme !
(1) Nous laisserons de côté l’allusion à l’Insensé de Saint Anselme..
Tuesday, September 05, 2006
Citation du 6 septembre 2006
Allons chercher l'ennemi : si je recule, tuez-moi ; si j'avance, suivez-moi ; si je meurs, vengez-moi !
La Rochejacquelein (Général en chef des Chouans Vendéens)
En voilà un chef. Un vrai. Un qui ne se borne pas à donner des ordres, mais qui s’engage vraiment dans l’action et qui laisse ses troupes évaluer sa propre conduite.
Normalement le chef est à l’abri et s’il est mis en péril, c’est par erreur (1) : comme aux échecs, où le Roi est bien caché, derrière sa rangée de pion. Mais pas La Rochejacquelein. Du reste il n’a pas fait de vieux os.
S’agit-il d’une leçon donnée aux combattants d’aujourd’hui ? On serait tenté d’en douter, du moins si on s’en tient au combat politique. Imaginez un peu : un chef de parti ou de tendance qui tiendrait ces propos - même en se contentant de ne leur donner qu’une valeur symbolique ? Essayons un peu.
- Allons chercher l'ennemi : oui, mais pas n’importe comment. Pas en terrain ouvert, pas sans des lignes de replis ; pas dans un débat télévisé en direct ; ou alors quand on ne peut plus faire autrement.
- si je recule, tuez-moi : là c’est n’importe quoi. La politique est l’art de reculer. Vous ne me croyez pas ? Le CPE, ça vous dit encore quelque chose ?
- si j'avance, suivez-moi : idem. Le chef politique est celui qui suit ses fidèles qu'il envoie au premier rang pour enfoncer le front adverse sans prendre de risque. Si vous ne me croyez pas, voyez rôle de fusible joué par le premier ministre pour protéger le chef de l’Etat.
- si je meurs, vengez-moi : là, d’accord. Sauf qu’il n’y aura plus personne pour venger la victime, tous ses fidèles s’étant rallié au traître assassin... Voyez les gaullistes en 74 avec Giscard, les partisans de Chirac après 93 avec Balladur, ceux de Balladur en 95 avec Chirac (on peut se tromper, non ?)
En politique, il est permis de se ramasser une veste… à condition qu’elle soit réversible.
(1) Voir le cas de Bonaparte au pont d’Arcole, citation du 2 mai 2006
Monday, September 04, 2006
Citation du 5 septembre 2006
Art. 4-1 - Une note de vie scolaire est attribuée aux élèves de la classe de sixième à la classe de troisième des établissements relevant du ministère de l’éducation nationale. Cette note mesure l’assiduité de l’élève et son respect des dispositions du règlement intérieur.[…]
Bulletin Officiel du ministère de l’Education Nationale. n° 22 du 1er juin 2006
Alors voilà : le zéro de conduite est de retour. Après l’éducation civique et les leçons de morales : la notation du comportement. Quelle leçon d’humilité devant l’histoire !
Rappelez-vous. Après mai 68 on a cru que le monde ne serait plus jamais le même. Armstrong avait marché sur la lune ; les jeunes faisaient des barricades et écrivaient « Il est interdit d’interdire » sur les murs de Paris ; les pères clamaient qu’ils préfèreraient que leurs filles couchent avec n’importe qui plutôt que de s’enrôler chez les Mao… L’autorité était morte, le père avait été tué. Charles de Gaulle reculait devant la « chienlit ».
Aujourd’hui, les enfants des soixante-huitards sont confrontées aux problèmes que soulève l’éducation de leurs propres enfants. Ils plébiscitent Ségolène ou Sarko, et ils restaurent le zéro de conduite. Retour à la case départ ? L’historien contestera qu’on puisse revenir en arrière. En revanche, le sociologue durkheimien risque d’être d’avantage intéressé par cette hypothèse.
Pour lui, la disparition de l’autorité est non pas une conquête de la liberté politique, mais la preuve d’une crise de la société, incapable d’imposer ses valeurs (1). Au fond, c’est le nihilisme qui est réfuté ici : on ne peut vivre sans valeurs. Si l’on n’est pas capable de vivre sur des valeurs choisies par l’individu lui-même, alors il faut passer par des valeurs collectives. Comment des valeurs peuvent-elles être collectives ? Par l’éducation et par la contrainte. Par le dressage (Nietzsche).
Chaque enseignant aura désormais droit à une formation IUFM de dompteur.
Ça va être le cirque dans les bahuts !
(1) Voir message du 22 juillet 2006
Sunday, September 03, 2006
Citation du 4 septembre 2006
Il y a plus de philosophie dans une bouteille de vin que dans tous les livres.
Louis Pasteur
Devoir de rentrée, pour tester votre niveau et définir le programme de votre progression. Traitez le sujet suivant (en 4 heures) :
Quel sens et quelle portée faut-il donner au mot « philosophie » dans la phrase suivante de Louis Pasteur : « Il y a plus de philosophie dans une bouteille de vin que dans tous les livres. »
Quel cauchemar ! Essayons quand même. Pasteur, parlant peut-être de la philosophie au sens de « science », évoquerait celle dont la nature - et le vigneron - font preuve dans la vinification. Bof… Ça ne va pas loin. Essayons autre chose.
J’ai aussi : in vino veritas. La philosophie étant la recherche de la vérité (Descartes, Malebranche, Spinoza), si le vin contient (de) la philosophie, alors c’est qu’il contient de la vérité. Mais comment ? A mon sens, ça veut dire que le vin délie les langues et celui qui connaît la vérité sera amené à la dire sous l’effet de la boisson. Re-bof… J’ai mieux.
Le vin c’est de l’alcool, et l’alcool libère l’esprit des entraves de la raison. L’invention, les rêves, bref, l’inspiration est favorisée par le vin. Qui nous dit que Descartes ne picolait pas un peu lorsqu’il faisait les songes qui l’ont tant impressionné ? Son biographe, le Père Baillet reconnaît que le 3ème songe a eu lieu à un moment où « monsieur Descartes avait son habitude de débauche ». Seulement voilà, dit-il, notre philosophe affirme qu’il n’a pas bu de vin depuis trois mois. Hum… Descartes attribue ces songes à un « Génie » dont on suppose qu’il ressemble à celui qui inspirait Socrate. Qui lui-même se déclarait inspiré par une voix qui venait de l’intérieur et qu’il nommait son « démon ».
Car j’imagine la philosophie dont nous parle Pasteur (n’oublions pas le sujet !) comme une philosophie qui ne se contente pas de la déduction rationnelle : elle a besoin de l’intuition soudaine, de l’illumination. La philosophe peut-il donc être un illuminé ?
Les grecs eux-mêmes l’ont admis. Pour eux il n’y a pas une raison, il y en, a deux :
- la raison discursive (dianoia)
- la raison "intuitive" saisissant la vérité de façon directe (noèsis)
Donc, je réponds à la question posée : oui, il y a selon Pasteur plus de noèsis dans une bouteille de vin que dans tous les livres.
Vous le saviez déjà ? Soit. Mais vous ne saviez pas que vous étiez en si bonne compagnie.
Saturday, September 02, 2006
Citation du 3 septembre 2006
Quand j'entends le mot culture, je sors mon revolver
Baldur Von Schirach, ou Hanns Johst, ou Hitler, ou Goering
J’ai fait une petite expérience : lancer une recherche Google avec cette célèbre ( ?) citation. J’ai trouvé 150 occurrences, mais curieusement avec noms d’auteurs très variables ; je fournis ici ceux qui sont le plus souvent évoqués.
Vous qui me lisez par intérêt pour les citations plus que pour ma (brillante) prose, dites-moi : qu’est-ce qui, selon vous, fait le succès d’une citation ? Son contenu ou son auteur ?
- C’est son contenu : ici tous ceux qui croient en la vertu émancipatrice de la culture apprécient de souligner la peur qu’elle suscite chez les tyrans. Mais il faut confirmer cette thèse par l’indication de l’auteur. On ne dit pas : «Quand j'entends le mot culture… », mais « Comme le disait XXX, «Quand j'entends le mot culture… ». C’est donc aussi - et peut-être surtout - l’auteur qui compte.
- Seulement voilà : qui est l’auteur ? Parfois ignoré, ici il est démultiplié. Moi qui écris ce post, je ne sais même pas si c’est le chef de la jeunesse hitlérienne, Baldur Von Schirach (1), ou un obscur dramaturge allemand dont seules les encyclopédies de citations conservent la trace, à moins que ce ne soit Hitler lui-même ou son second, Goering. C’est cette pléthore qui étonne. S’agit-il de donner à tous le coups une référence au régime nazi ? Sans doute, mais alors pourquoi plusieurs plutôt qu’une seule (même fausse) ?
On peut expliquer cela par une banalité : puisque « l’erreur est multiple » (2), lorsqu’on ignore qui est le véritable auteur d'une citation, alors chacun invente sa propre référence : chacun va donner le nom qu’il juge le plus plausible.
Mais il peut arriver que ce soit le personnage cité qui compte dans notre esprit, et que sa phrase ne soit que l'ocasion d'évoquer son nom : à la limite la citation n’est plus là que pour justifier la présence de ce nom. Et alors, qu'importe que la citation soit exacte ?
Goering ou Hitler : leur nom a peut-être plus d’importance que la phrase qu’on leur attribue.
(1) Si on vous dit qu’il s’agit de Balladur von Chirac, c’est qu’on s’est moqué de vous.
(2) Voir commentaire du 20 juillet 2006
Friday, September 01, 2006
Citation du 2 septembre 2006
O récompense, après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des Dieux
Paul Valéry - Le cimetière marin.
Qu’est-ce qu’une pensée ?
La réponse peut se trouver dans ces deux vers qu’on peut lire, gravés sur la tombe de Paul Valéry.
Qu’est-ce que penser ?
Là, il faudra demander à Heidegger (Qu’appelle-t-on penser)… ou à Rodin
Et voici le si célèbre « Penseur » de Rodin , reproduit à des milliers d’exemplaires sur le Net. Pétri dans le bronze, cet homme peut rester ainsi immobile pendant des siècles ; ce penseur est infatigable : infatigable dans l’effort que tout son corps exprime.
Car, que nous dit Rodin ? Que la pensée est effort.
Voici un homme dont les muscles sont bandés par l’effort : voyez son torse ; voyez même ses jambes : oui, il pense et la pensée crispe ses mollets ! Mais cette tension ne produit aucun mouvement ; l’homme est assis, dans un équilibre parfaitement stable, un peu comme les culturistes qui prennent la pose, muscles saillants (1).
Voici d’autre part un homme replié sur lui même, la main sous le menton, et même devant la bouche. Il ne parle pas, il ne s’adresse à personne : son effort intellectuel est tout entier dans la concentration, tourné vers lui-même. Que produit-il ? Nous n’en saurons rien. Ici, seul l’effort physique et l’attitude du corps sont décrits.
Tout cela est effrayant : qui donc aurait envie de « penser » en voyant le Penseur de Rodin ?
- Au secours Platon ! Notre philosophe nous dit : « la pensée est un dialogue de l’âme avec elle-même ». Et non cette solitude désespérante que statufie Rodin
- Et aussi "Au secours Valéry" : comment un tel effort pourrait-il nous arracher à la pesanteur pour nous élever jusqu’au « calme des Dieux » ?
(1) Vous savez que des petits malins représentent cette statue en replaçant le rocher sur le quel est assis le Penseur par une cuvette de W.C. Je leur recommanderai de consulter un bon psychanalyste
Thursday, August 31, 2006
Citation du 1er septembre 2006
Créer, c'est se souvenir.
Victor Hugo
Si créer c’est produire ce qui n’a jamais été, ce qui n’a donc pas de modèle, alors cette phrase n’a pas de sens. Et certes, lorsque le Seigneur-Dieu créa la monde, et même lorsqu’il prononça son célèbre « Fiat lux », on ne peut sans blasphème croire qu’il avait un souvenir en tête.
Mais tout cela ne tient pas compte de la réalité et du travail du créateur - qu’il s’agisse du poète ou du romancier pour rester dans le registre de la citation de Victor Hugo.
L’erreur ici est de croire que se souvenir c’est seulement reproduire. Lorsque vous vous souvenez c’est toujours dans une situation précise et présente. La mémoire est une force active qui est un produit du présent (Bergson) : on ne se rappelle que lorsque le contexte nous y invite. Le souvenir est donc un compromis entre le passé et le présent.
Supposez le romancier (Hugo ou qui vous voudrez) qui invente son histoire et qui crée des personnages. Si tout n’était qu’invention au sens où rien de tout cela n’aurait jamais eu d’attaches avec la réalité, ce roman serait un objet si singulier que personne n’y comprendrait rien. C’est du reste le cas pour certains poèmes. Le romancier met en scène des évènements déjà connus - et pas seulement de lui - en inventant l’histoire nouvelle dans la quelle tout cela va renaître.
Bof…C’est bien banal de dire tout ça. Certes. Mais je crois que cette citation contient aussi un message pour…les vieux ! La vieillesse, en admettant qu’elle soit accumulation de souvenirs, aurait en effet cet avantage de proposer, pour celui qui veut créer, un stock de souvenirs important à recycler.
Voilà donc l’intérêt de cette phrase du vieux Victor : il offre une chance pour les vieux. Ils n’ont plus dans nos sociétés le statut, si respectable dans d’autres civilisations, de sages dépositaires d’un savoir ancestral parce que, chez nous, nos jeunes n’ont plus besoin. Hé bien, qu’ils nous écrivent des romans.
D’ailleurs, je vais m’y mettre.
Wednesday, August 30, 2006
Citation du 31 août 2006
La loterie plaît, parce qu'elle tire l'inégalité de l'égalité; l'assurance déplait parce qu'elle fait justement le contraire.
Alain - Propos, 16 juillet 1912
Donc selon Alain, l’égalité, nous ne l’aimons pas tant que ça : nous jouons à la loterie (et autres trucs à gratter) parce que nous espérons bien gagner ce que le voisin aura perdu. Si l’assurance est une charge dont nous aimerions faire l’économie, c’est parce qu’au mieux on peut espérer se retrouver comme notre voisin (avoir un toit sur notre maison au cas où la tempête l’aurait emporté) ; identique donc égal.
En cette période de rentrée scolaire, cette remarque a son importance. Que demandons-nous à l’école ? Qu’elle instaure (ou : restaure) l’égalité des chances. Oui, vous avez bien lu : c’est exactement comme la loterie. Il s’agit non pas de mettre tout le monde définitivement à égalité, mais seulement de faire que chacun aborde avec les mêmes armes la compétition sociale (= chances). L’inégalité est donc parfaitement compatible avec une société démocratique comme la nôtre, à condition qu’elle résulte des différences liées à la nature des individus : comme si le perdant dans le jeu social disait : « je sais que si j’ai perdu, c’est parce que j’ai mal joué ; je sais que si vous avez gagné vous n’avez pas triché. ». Je dirai même qu’à chaque fois que vous construisez une bibliothèque, une école, une faculté, vous ne faites que contribuer à ce jeu : vous donnez à ceux qui peuvent - ou qui veulent - en profiter. Les autres, ils n’auront rien, parce qu’ils n’entrent pas dans le cadre.
Seulement voilà, tout le monde ne l’entend pas de cette oreille. Il y en a pour dire : ce n’est pas juste que certains soient dans l’opulence alors que d’autres n’ont même pas de quoi se loger : aucun individu ne peut porter la responsabilité d’une telle déchéance. Lorsqu’un SDF meurt de froid dans la rue en hiver, on ne peut pas se contenter de dire qu’il en est responsable, qu’il a gâché ses chances, qu’il n’a pas bien travaillé à l’école et qu’il n’a sûrement pas fait tous les stages que l’ANPE n’a manqué de lui proposer.
Pas d’accord ? Va te plaindre à l’Abbé Pierre.
Tuesday, August 29, 2006
Citation du 30 août 2006
… quiconque refusera d’obéir à la volonté générale y sera contraint par tout le corps [politique] : ce qui ne signifie autre chose sinon qu’on le forcera d’être libre.
Rousseau - Du contrat social livre I, chapitre 7
Voilà une phrase qui a fait couler beaucoup d’encre. Comment peut-on forcer quelqu’un à être libre ? Ne s’agit-il pas d’un paradoxe absolu, Rousseau ne se moque-t-il pas de ses lecteurs ? Et si ce n’est pas le cas, ne doit-on pas trouver ici la preuve de son amour de l’Absolutisme d’Etat, dont Robespierre devait se souvenir, obligeant ainsi beaucoup de citoyens à être libres…pendant la Terreur ?
Je laisserai de côté l’analyse de la rationalité de la liberté, qui suppose que les fins étant communes à tous, l’action de chacun doit être soumise à des lois universelles. Il me semble plus intéressant de souligner la singulière conception de la liberté que propose Rousseau : pour lui la liberté n’est qu’un moyen, au service de la loi de nature qui nous impose de préserver notre existence. La liberté se définit alors comme l’autonomie, c’est à dire la capacité de chacun à décider pour lui-même de ce qui lui convient en vue de sa survie. Je suis libre lorsque je fais mon propre bien, dit-il dans l’Emile ; je ne suis pas libre de faire mon propre mal. Si je décide de faire mon propre malheur, ce n’est pas un acte de ma liberté, parce que cela va contre ma nature.
Dès lors on peut donc sans difficulté forcer quelqu’un à être libre : il suffit pour cela de connaître son intérêt mieux que lui-même. Selon Rousseau, ceci ne peut arriver que dans deux cas bien précis : dans l’enfance (autorité légale du père) ; et lorsqu’on est soumis à la passion qui nous empêche de faire ce qui est bon pour nous. On dira alors que la volonté particulière l’emporte sur la volonté générale.
Un exemple : je peux estimer de mon intérêt (donc = conforme à un choix de ma liberté) que mes enfants aillent à l’école ; et pourtant je peux désirer frauder le fisc pour ne pas payer l’impôt qui financera leur instituteur. Et c’est là que le persécuteur percepteur m’obligera à être libre.
Monday, August 28, 2006
Citation du 29 août 2006
L'histoire des peuples dans l'histoire, c'est l'histoire de leur lutte contre l'État.
Pierre Clastres - La société contre l'Etat
Comprenez que Clastres ne parle pas de l’humanité en général et depuis son origine, mais seulement de cette phase de l’humanité où les sociétés se sont dotées d’un Etat, c’est à dire d’un pouvoir séparé des hommes sur les quels il s’exerce.
Mais voilà : alors que l’Etat domine les sociétés humaines depuis des milliers d’années, ceux-ci luttent également contre lui. D’un côté, l’efficacité de l’Etat pour diriger et administrer le social ; de l’autre la rébellion instinctive et inefficace contre lui.
C’est le moment peut-être de rappeler ce que dit La Boétie (1) : ce qui étonne, c’est que les hommes se battent pour leur servitude. Autrement dit, la lutte contre l’Etat aurait depuis longtemps remporté la victoire s’il n’y avait pas en même temps le désir d’être soumis à son autorité. Vous en connaissez beaucoup des anarchistes ? Des vrais je veux dire, de ceux qui sont des rebelles, et non des anars simplement déclaratifs.
Il ne sert à rien de protester à chaque décision du pouvoir, comme si la Démocratie était bafouée. Regardez les sondages concernant les intentions de votes pour les prochaines présidentielles. Dites-moi un peu si les mieux placés pour l’emporter sont des adeptes d’une réduction de l’autorité de l’Etat.
Conclusion : La liberté et les droits de l’homme, c’est vraiment le cadet de nos soucis. Rousseau dit quelque part (dans les Lettres écrites de la montagne je crois) que les hommes ne considèrent leur liberté comme atteinte que lorsqu’on s’en prend à leur bourse. Et il ajoute (je cite de mémoire) : « c’est ce qu’un pouvoir avisé fait en dernier ». Donc, quand on vous annonce une baisse de vos impôts, demandez-vous ce qu’on vous a repris en même temps.
(1) Mais oui, rappelez-vous : Montaigne, « parce que c’était lui, parce que c’était moi»… Vous y êtes ? Non ? Qu’est-ce que vous avez fichu en classe ? Si vous aviez écouté le prof au lieu de draguer la voisine, vous auriez l’air moins bête aujourd’hui..
Sunday, August 27, 2006
Citation du 28 août 2006
Saturday, August 26, 2006
Citation du 27 août 2006
Vanité des vanités, tout est vanité... Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur.
Ecclésiaste - 1- 2 ;18
Vanitas vanitatis…C’est sur ces paroles que s’ouvre l’Ecclésiaste, qui condamne - entre autre - la prétention de la science à apporter le bonheur : ce n’est qu’une vanité de plus. Pire même, puisqu’elle mène à la douleur, parce que l’espoir de réaliser notre bonheur s’accroissant avec notre puissance, le dépit de l’échec n’en est que plus cuisant.
Tentons de voir notre monde à travers les lunettes du Sage (qu’on a cru longtemps être Salomon).
- Pensez donc à tout ce que notre civilisation a fait depuis (au moins) la Renaissance : vanité.
- Pensez aussi à Descartes et à sa devise « devenir comme maître et possesseur de la nature » : vanité.
- Pensez à la prétention de connaître l’Univers et d’en faire l’exploration : vanité.
- Pensez à notre vision actuelle de la nature où tout ce qui y arrive de bon est selon nous l’effet de notre science et tout ce qui y arrive de mauvais n’est que l’effet de notre imprévoyance : vanité.
- Voyez comment dans votre vie même, vous êtes jugé responsable : rien n’est donné, rien n’est garanti ; il vous faut tout inventer, tout assumer, parce que « vous êtes condamné à être libre » : vanité.
L’Ecclésiaste contient une leçon adressée à tous ceux qui prétendent changer le cours des choses, voire même simplement gouverner leur vie : c’est cette prétention qui est vanité. Que faut-il faire alors ? D’abord ceci : Jouis de la vie avec la femme que tu aimes (9:9). Et puis après cela : Crains Dieu et observe ses commandements (12:15).
C’est donc le renoncement à la vanité qui assure le bonheur et le salut. Remarquez alors que c’est la contre réforme qui a opposé le bonheur au salut : il faut souffrir dans cette vallée de larmes pour que nous puissions mériter notre part de Paradis. L’Ecclésiaste, malgré les apparences, est un texte optimiste.
Amen
Friday, August 25, 2006
Citation du 26 août 2006
La seule école libre est l'école buissonnière.
José Artur
Salut les p’tits loups ! Ça va aujourd’hui ? Dites donc, c’est bientôt la rentrée ! Hein ? Vous êtes déjà rentrés ? Ah, oui ! C’est la semaine de quatre jours… C’est bien ça… Vous vous en fichez ? Bien sûr, vous pensez qu’ils auraient mieux fait d’inventer la semaine de quatre heures… Mais alors qu’est-ce que vous faites à l’école ? Vous y allez pour montrer vos couvertures de classeur et vos nouveaux T-shirts ? Et pour faire écouter vos sonneries de portables ; j’oubliais qu’il y a ça aussi.
Moi je croyais que l’école c’était fait pour apprendre l’histoire, la géographie, pour devenir capable de se débrouiller tout seul dans la vie, pour pouvoir trouver un métier, pour apprendre à comprendre, pour apprendre à vivre, quoi.
Quoi, qu’est-ce qu’il y a Kévin ? Tu n’aimes pas l’école parce que c’est une vraie prison, que les instits sont des matons, et que les grands te rackettent. Rappelle-toi Kévin ce que disait Victor Hugo : « Quand vous ouvrez une école, vous fermez une prison » : ça tu connais on dirait. Tu l’as lu sur Internet (1) ? C’est mieux que rien…
Qu’est-ce que tu marmonnes Kévin ? « Quoi d'étonnant si la prison ressemble aux usines, aux écoles, aux casernes, aux hôpitaux, qui tous ressemblent aux prisons ? » C’est toi Kévin qui vient de dire ça ? Qui est-ce qui t’as mis ça en tête ? Hein ? C’est Michel Foucault ? Il aurait mieux fait de rester dans sa télé celui-là !
Thursday, August 24, 2006
Citation du 25 août 2006
Wednesday, August 23, 2006
Citation du 24 août 2006
Il faut imaginer Robinson pervers ; la seule robinsonnade est la perversion même.
Gilles Deleuze - Logique du sens (Appendice IV - M. Tournier et le monde sans autrui)
Robinson pervers ? Qu’est-ce qu’il pouvait avoir comme perversion cet homme, seul sur son île ? Supposez que Robinson soit un voyeur ; quel voyeurisme sur une île déserte ?
Deleuze s’en prend ici à une conception erronée de la perversion. Selon celle-ci, la perversion serait « une certaine offense » faite à autrui, et donc elle ne saurait exister sans la présence de l’autre. En réalité dit Deleuze, c’est exactement l’inverse : c’est parce que la « structure-autrui » n’existe pas que le pervers considère le corps de l’autre comme un instrument dont il peut user pour sa jouissance. Ce qui veut dire que pour nous qui ne sommes pas pervers - du moins je le suppose - autrui est une évidence qui s’impose à nous : cet être vivant, là devant moi, c’est une autre conscience : j’en ai l’intuition avant même d’y avoir réfléchi ; et c’est cela - entre autre - que Deleuze appelle la « structure-autrui ». Mais pour le pervers, il en va autrement : autrui c’est une chose parmi les autres, pas plus qu’un animal dénué de conscience ; d’où « le monde sans autrui ».
D’où aussi la référence à Robinson, et à la description qu’en fait Tournier dans son roman (1). Car ce qui est décrit ici, c’est l’effet de l’absence des autres hommes : ce qui est aboutissement accidentel dans la fiction est structure de la personnalité dans la réalité du pervers. Le pervers, c’est un homme pour qui les autres hommes n’ont pas d’existence réelle, pas plus que n'en ont pour Robinson les arbres et les rochers de Sperenza. Et si la perversion se définit comme le mal fait à autrui, ce n’est que secondairement, à titre de conséquence et non à titre d’intention première. Le pervers viole une femme exactement comme le paysan égorge le cochon : ils n’ont tous les deux affaire qu’à des bestiaux. Si cette thèse est exacte, alors il ne sert à rien de castrer le violeur : ce n’est pas cela qui lui fera considérer les femmes comme des êtres humains.
Oui, mais alors que peut-on en faire ? L’envoyer sur une île déserte ?
(1) Pour mémoire il s’agit de Vendredi ou les limbes du Pacifique - Folio
Tuesday, August 22, 2006
Citation du 23 août 2006
Voyager, c'est demander d'un coup à la distance ce que le temps ne pourrait nous donner que peu à peu.
Paul Morand - Eloge du repos
Parcourir l’espace, c’est accélérer le temps. Ne croyez pas que le génie d’Einstein soit nécessaire pour comprendre ça ; vous le savez déjà, surtout si vous pensez que les voyages forment la jeunesse. L’expérience apportée par une saison à traverser le monde, est identique à l’expérience d’une vie, saisie alors qu’on reste assis sur le seuil de sa porte. Et donc, au lieu d’attendre que le monde vienne à nous, allons vers lui.
Laissons de côté ceux qui ne voyagent que pour retrouver systématiquement toujours les mêmes paysages, les mêmes plages, les mêmes piscines d’hôtels. Que cherchons-nous dans les voyages ? Au retour des vacances, beaucoup répondront : « le dépaysement ». Pourquoi pas ? Mais on voit bien que le dépaysement n’est que la rupture du quotidien, rupture appelée à se refermer ensuite sans laisser de traces. D’ailleurs voyagerions nous si nous étions sûrs de revenir différent ? J’en connais qui répondraient « non ».
Mais surtout, je crains que cette thèse ne fasse la part trop belle à l’information, glanée au cours du voyage et oublie le moment de la compréhension. Car suffit-il de voir pour comprendre ? « Le microscope étourdit l’ignorant » disait Alain, soulignant ainsi que la connaissance ne se crée pas par l’information, mais qu’elle ne fait que s’enrichir par elle. D’ailleurs, c’est tout le problème de la vulgarisation : on peut vous dire « e=mc2 », et même développer un peu la formule. Vous n’y comprendrez toujours rien.
Que disent les philosophes ? Qu’il y a bien des voyages philosophiques, oui ; mais ils prennent du temps.
« Je hais les voyages et les explorateurs" dit C. Lévi-Strauss ; quant à Socrate, on sait qu’il n’a jamais quitté Athènes. Et que le voyage de Platon en Sicile n’a pas été une réussite.
Monday, August 21, 2006
Citation du 22 août 2006
Le principe démocratique a contribué à l'affaissement de la civilisation en empêchant le développement de l'élite.
Alexis Carrel - L'homme, cet inconnu
« Alexis Carrel […] engagé dans une convergence manifeste avec le fascisme mussolinien et le nazisme, reste extrêmement controversé. ». Voilà ce qu’on lit encore aujourd’hui sur le site consulté : la retenue de ce commentaire illustre l’extraordinaire mansuétude dont a bénéficié Alexis Carrel, honoré jusqu’à une époque récente malgré la teneur fasciste de ses propos. A croire qu’il était sanctifié par son oeuvre scientifique ; à moins de croire qu’il reflétait un fascisme à la française ?
Selon Carrel, le darwinisme social (version Galton) est une évidence ; il illustre à merveille une critique de la démocratie dont on oublie qu’elle figure encore dans un certain libéralisme : qu’on les aide ou pas, les médiocres sont responsables de leur médiocrité, qu’elle soit économique, sociale, intellectuelle, etc.. Que dit en effet Carrel ?
1 - La société n’est pas responsable de l’existence des médiocres et vouloir lutter contre celle-ci est absolument inutile.
2 - Il importe de tester les aptitudes des individus pour discerner ceux qui portent ces « tares héréditaires » de ceux qui ne sont exempt.
a - Aider les pauvres c’est non seulement perdre son temps, mais aussi soustraire aux mieux doués l’aide dont ils pourraient vraiment tirer bénéfice.
b - Pour Carrel, les classes sociales sont d’origines biologiques : l’eugénisme des pauvres, tel que pratiqué par tous les pays européens et nord-américains encore au XXème siècle s’explique alors. Car les tares sont héréditaires et elles peuvent faire « tâche d’huile ».
On n’en est plus là me direz-vous. Oui, et heureusement. Mais la tendance à considérer par exemple que l’échec scolaire et ce qui suit de difficultés économiques, sociales, etc.. comme ne relevant pas d’un déterminisme social mais d’une responsabilité des individus, elle est bien ancrée.
On croit toujours que tous les hommes n’ont pas tous la même valeur ; simplement on considère que ce n’est pas la nature - ni la société - qui en est responsable, mais eux-mêmes.
Donc, ils en sont en plus coupables !
Sunday, August 20, 2006
Citation du 21 août 2006
L'homme est un apprenti, la douleur est son maître.
Musset
Qu’est-ce que la douleur nous apprend ?
L’enfant tend le doigt vers la flamme. « Attention, tu vas te brûler » mais lui il ne sait pas ce que ça veut dire ; il touche. Maintenant il sait ce que ça veut dire : il ne recommencera plus. Vous n’avez plus qu’à tabasser vos mouflets à chaque fois qu’ils feront une bêtise, et si vous tapez assez fort, alors ils apprendront et deviendront des hommes. Voilà, vous êtes content avec ça ?
Moi, quand j’entends ça, je sors mon Kant. Que dit-il ? Il dit que l’humanité a évolué au cours de son histoire toujours dans le même sens, mais sous l’effet alternatif de deux impulsions différentes : d’une part pour fuir la douleur ; d’autre part grâce à son intelligence et à la connaissance de la situation. Le premier cas est celui de la barbarie et de ténèbres de la préhistoire ; le second est celui des lumières de la raison, et pour le dire en termes plus technique de « l’Aufklärung » (1). Bref, il n’est pas digne de l’homme d’apprendre comme les bêtes en fuyant sous les coups.
Mais voilà, ce n’est pas du tout ça que voulait dire Musset… Car il écrit : « L'homme est un apprenti, la douleur est son maître, Et nul ne se connaît tant qu'il n'a pas souffert. » Voilà, ne râlez pas, mais c’est vrai, j’avais tronqué la citation : je recommencerai plus, c’est juré. Reste que c’est toujours problématique : c’est donc dans l’épreuve et dans la souffrance qu’on se découvre. On découvre quoi au fait ? Le pathos romantique me laisse à peu près indifférent : l’idée que les pleurs sont l’exaltation et la quintessence de l’âme relève d’un posture fort peu sincère selon moi. En revanche je crois plutôt que c’est en se heurtant à ses limites qu’on les découvre et donc que c’est dans l’échec qu’on peut se connaître. D’où l’utilité des désirs fous, des désirs irréalisables qu’on s’efforce malgré tout de réaliser, parce que renoncer à un désir, ce n’est pas dans notre nature.
Et revoilà Kant : « nous n'apprenons à connaître nos forces que dès lors que nous les essayons. Cette illusion inhérente aux vains souhaits est donc seulement la conséquence d'une bienfaisante disposition de notre nature » (2) : décidément, Kant, vous n’y échapperez pas aujourd’hui !
(1) http://fr.wikipedia.org/wiki/Si%C3%A8cle_des_lumi%C3%A8res
(2) Kant - Critique de la faculté de juger – Introduction, III, note
Saturday, August 19, 2006
Citation du 20 août 2006
Friday, August 18, 2006
Citation du 19 août 2006
Ne demande pas pour qui sonne le glas : il sonne pour toi
John Donne
Chacun fait tout pour nier que le glas « sonne pour toi ». Et pourtant, si la force vitale qui nous habite nous détourne de la contemplation des morts, c’est que dans chaque mort c’est la nôtre qui s’annonce. Je n’ai pas de sermon à faire. Je proposerai trois réflexions.
- Pour nous, la mort c’est d’abord la mort de l’autre, la seule dont nous ayons une expérience ; cette évidence, c’est celle du cadavre qu’on contemple avec incrédulité : il y avait « quelqu’un » ; il n’y a plus « personne ». Banal. Heidegger explique que la mort est impensable, parce que nous ne pouvons penser notre propre finitude. Mais ça, c’est la vie, ce n’est pas la mort. Je veux dire, que notre vie soit limitée, que notre conscience ne puisse s’arracher au temps et à l’espace où elle s’éprouve : certes. Mais lorsque « sonne le glas », il ne s’agit plus de cela : il s’agit du néant. Aucune valeur ne nous protège de l’anéantissement, nous en avons la preuve à tous les niveaux, qu’il s’agisse des individus, des peuples, des civilisations.
- Plus essentielle peut-être est cette présence de moi-même dans l’autre qui s’éprouve dans l’expérience de la mort d’autrui ; au lieu de dire qu’un peu de soi part avec le défunt, même si c’est vrai, ce qu’on constate ici, c’est que je me vois mort en présence du mort. Et pas seulement si c’est un mort de ma famille ou de mes amis ; n’importe quel mort, aussi anonyme que vous voudrez. On dit qu’un cheval fait un écart quand il passe à proximité d’un cheval mort : Rousseau en tirait la preuve que la pitié est un sentiment naturel. Le glas sonne aussi pour tous les vivants.
- Mais quand même… si la mort des autres est bien le signe de l’inévitabilité de notre propre mort, tout est fait pourtant pour qu’on puisse imaginer qu’elle n’est pas irréversible, ou bien alors qu’elle est un passage vers autre chose. Les pyramides sont là pour que le Pharaon puisse continuer à vivre malgré « sa mort », comme avant ; le premier empereur de Chine s’est fait construire un si formidable tombeau, qu’aujourd’hui encore on hésite à l’ouvrir ; à présent, certains se font congeler post mortem dans l’espoir d’être ressuscité par un médecin du futur…
Thursday, August 17, 2006
Citation du 18 août 2006
- Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux. (Sermon sur la montagne)
Matthieu 5.3
« Pauvres en esprit » et non pauvres en réalité. Il s’agirait donc d’un état d’esprit. Certains groupes de pensée cathos vont jusqu’à dire qu’il s’agit pour Jésus de nous confronter à notre finitude : la pauvreté n’est que l’insuffisance de notre nature face à l’infini divin, et non une réalité économique. Je pourrais être riche à million et être tout de même pauvre en esprit parce que ma modestie, ma charité seraient celles d’un pauvre authentique, c’est à dire de celui qui a reconnu que la véritable richesse est la grâce accordée par Dieu à l’infime créature que je suis.
… Reste que Luc dit sans détour (rapportant le même sermon de Jésus) : « Heureux vous les pauvres : le royaume de Dieu est à vous » (Luc, 6.20-21). Vous avez bien lu : « vous les pauvres », et de même il enchaîne avec : « vous qui avez faim… vous qui pleurez… vous qui êtes haï… ». Ainsi tout le Sermon sur la montagne a une tonalité consolatrice : ceux qui souffrent effectivement ici bas seront récompensés par Dieu dans l’au-delà.
Matthieu ou Luc ? Je vote Luc : Jésus proclame que les pauvres, les vrais pauvres ont bien de la chance : que ceux qui n'ont pas cette chance prennent modèle sur eux (c'est à dire : qu'ils soient au moins pauvres en esprit...). Ils apprécieront, les pauvres, et je pourrais me laisser aller à écrire des choses bien faciles là-dessus : vous savez que ce n’est pas mon genre.
Mais je constate quelque chose de troublant : l’Eglise s’adresse principalement aux pauvres, et son discours se présente comme un discours de consolation. Donc : d’abord il lui faut des pauvres ; les classes moyennes ne lui conviennent pas (sauf quand un moyen-bourgeois en vient à mourir, mais ça, c’est une autre affaire). En suite, il ne lui faut pas des pauvres revendicateurs, des pauvres révoltés (1). Il lui faut des pauvres qui acceptent humblement leur condition et qui subissent la méchanceté des riches sans même se plaindre, parce qu’ils savent qu’ils font leur paradis dans cette vallée de larmes. Bref : l’Eglise a besoin de pauvres. Sans les pauvres elle s’étiole, son message tombe à plat ; elle n’a plus que les moribonds pour l’écouter. Terrible constatation.
D’ailleurs, que s’est-il passé avec la théologie de la libération ? (2)
(1) Sur la révolte, voir le Message du 16 août
(2) Pour mémoire, la théologie de la libération reprenait le concept marxiste de lutte des classes.Wednesday, August 16, 2006
Citation du 17 août 2006
Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort.
(Friedrich Nietzsche)
Après avoir fait l’éloge de la lâcheté, je vais me racheter avec Nietzsche, l’apôtre de la vie dangereuse (1). La comparaison avec la capitalisme est ici fort utile. Marx dit dans le Capital (livre 1), que la différence entre le capitaliste (l’homme aux écus) et le thésauriseur est que le premier fait courir à son argent le risque de l’investissement, alors que le second le préserve de tout risque en l’ensevelissant dans son coffre. Ainsi, la vie serait comme l’argent, elle aurait besoin de prendre des risques pour s’augmenter.
Mais, la pensée de Nietzsche va sans doute plus loin. Il y a pour lui une secrète affinité entre les forces mortifères et la vie. Non pas que la vie et la mort s’alimentent à la même source ; mais plutôt parce que nous considérons comme contraire à la vie tout ce qui, en la renforçant, la met toutefois en péril. Associez à ça l’idée de la haine de la vie, sournoisement installée dans la morale et la religion par tous ceux dont la faiblesse interdit d’en jouir pleinement ; et vous aurez l’une des sources de l’opposition entre morale des maîtres et morale des esclaves.
Reste à associer la citation donnée ici et cette généralité. Le contenu roboratif de cette pensée résulte de l’association de ces deux morales dans le même individu : le maître est celui qui a dompté en lui l’esclave. L’homme fort est celui qui a imposé silence aux tremblements dont il est affligé devant les dangers. Il faut courir le danger de mourir, si ce danger une fois surmonté nous sommes assez fort pour en rire.
Vous avez des enfants ? Mettez-les chez les Scouts d’Europe : s’ils ne se noient pas dans la manœuvre de voiliers sans skipper, au moins ils en reviendront plus courageux.
(1) Je reconnais avoir hier pris quelques libertés avec la pensée de Laborit : son objectif est de préserver non pas la vie mais la liberté ; reste que l’un ne va pas sans l’autre.
Tuesday, August 15, 2006
Citation du 16 août 2006
Se révolter, c'est courir à sa perte, car la révolte, si elle se réalise en groupe, retrouve aussitôt une échelle hiérarchique de soumission à l'intérieur du groupe, la révolte seule, aboutit rapidement à la soumission du révolté... Il ne reste plus que la fuite."
Henri Laborit - Éloge de la fuite
Courage, fuyons… La stratégie de l’affrontement ainsi disqualifiée, Laborit ferait-il l’apologie de la lâcheté ? Car même si vous trouvez un mot un peu plus présentable pour nommer cette attitude, le fait de laisser le champ libre à l’agresseur reste une attitude d’abandon et de capitulation. Quant à ceux qui appelleront la non-violence de Gandhi à la rescousse (1) je dirai qu’elle relève de la révolte (=résistance) que Laborit refuse ; de plus elle est périlleuse, et la thèse est que justement c’est la vie qui est la valeur suprême ici.
C’est la difficulté du pacifisme, et j’en donnerai trois exemples :
- Garcin, le « héros » que Sartre met en scène dans Huis clos : est-il un pacifiste qui fuit sa patrie en guerre pour témoigner de la nécessité de la lutte pacifique, ou bien un déserteur, fuyant lâchement son devoir et qui a mérité son sort : 12 balles dans la peau ?
- C’est aussi le thème de la chanson de Brassens (2) : «Mourrons pour des idées, d'accord, mais de mort lente ».
- Et, pour ceux qui se rappellent la Guerre froide, et le slogan pacifiste des jeunes allemands de l’ouest : « Plutôt rouge que mort ! ».
Bref : mieux vaut être un lâche vivant qu’un courageux héros mort. « La vie, dit Brassens, est notre seul luxe » ; rien ne peut justifier de la sacrifier.
Supposons que cette attitude soit généralisée à l’espèce ; selon la loi darwinienne de la lutte pour la vie, n’auront survécu que les lâches qui ont su protéger leur existence et qui ont de ce fait pu se reproduire ; les braves, quand à eux, périssent au champ d’honneur avant d'avoir pu assurer leur descendance. Nous sommes donc, vous et moi, des fils et des filles de fuyards…
Peut-on condamner la fuite si la nature elle-même la choisit pour propager l’espèce ?
(1) Avez-vous constaté comme moi que personne n’en parle plus aujourd’hui ; pourquoi donc ? Ce ne sont pourtant pas les conflits qui manquent.
Monday, August 14, 2006
Citation du 15 août 2006
Pour vivre centenaire, il faudrait abandonner toutes les choses qui donnent envie de vivre centenaire.
Woody Allen
Qu’est-ce qui peut donner envie de vivre centenaire ?
Est-ce que ça serait de pouvoir connaître vos arrières petits-enfants, comme les patriarches de la Bible. C’est ça qui vous branche ? Moyen-moyen ?
Ou alors de pouvoir mener à son terme une œuvre gigantesque, quelque chose comme le Mahabharata (250000 vers, quinze fois l’Iliade) ? Pas d’avantage ?
Mais alors seriez-vous comme ces jouisseurs qui vous disent d’une voix pâteuse : « Pour moi, la vie c’est les 3 B : bouffer, boire, baiser ». C’est ça, hein ? Z’avez pas honte ? En tout cas c’est à vous qu’est dédiée cette citation.
De fait, Woody Allen nous pose deux questions différentes : l’une – directe – sur la gestion des plaisirs ; l’autre – indirecte – sur le sens de la vie. Cette seconde question quoique fondamentale va bien au-delà des ambitions de ce blog. En revanche on pourrait essayer de préciser les sacrifices qu’on serait prêt à accepter pour vivre plus longtemps.
Par exemple: aujourd’hui, on considère que la différence de longévité des femmes par rapport à celle des hommes, tient – outre leur retenue dans les jouissances de la vie – aux hormones féminines qui non seulement les protègent de la calvitie mais surtout les met à l’abri – relatif – des accidents cardio-vasculaires. Donc, vous, monsieur, qui êtes hypertendus, avec risque d’infarctus à tous les étages, supposez que votre médecin vous dise : « Voilà, monsieur, pour vous diminuer de façon significative un risque de crise cardiaque, je vous propose un traitement hormonal qui aura pour effet secondaire de vous féminiser. Vous allez avoir une voix qui partira dans les aigus, votre barbe va tomber, et vous allez avoir des seins qui vont pousser. Bien entendu votre sexualité va devenir aléatoire. »
Supposez un instant que ce traitement soit efficace et que vous soyez en effet un sujet à très fort risque : que faites vous ?
N’hésitez pas à exprimer votre sentiment en réponse à ce Post.
Sunday, August 13, 2006
Citation du 14 août 2006
Toute décision est un drame qui consiste dans le sacrifice d'un désir sur l'autel d'un autre désir.
Claparède
Spinoza : « Omnis determinatio est negatio »… : voir la Citation du 22 mai 2006 : j’espère que ça vous dit encore quelque chose ! (1).
Claparède complète ce principe en indiquant d’où provient la détermination. On retrouve un peu la thèse de Locke : la volonté est un exécutant au service d’une force qui la mobilise, en amont, et cette force n’est autre que celle du désir, sous toutes ses formes et à tous les degrés. Ce qui s’évacue alors, c’est le moment du choix. Se déterminer, ce n’est pas choisir ; c’est se conformer à une tendance qui nous est propre. Si nous croyons au choix (et donc au libre arbitre) c’est parce que certaines de ces forces qui sont antagonistes se combattent, et que l’issue de ce combat dépend de certains facteurs que nous pouvons activer au moment opportun.
Exemple : vous voulez vous arrêter de fumer. Bien. Mais pourquoi le voulez vous ? Si vous fumez, c’est pour le plaisir (ou pour éviter un déplaisir, nous n’en discuterons pas pour le moment) ; alors pourquoi renoncer à ce plaisir ? Parce que vous y trouvez votre compte, et donc que votre renoncement n’est que le sacrifice d'un désir sur l'autel d'un autre désir. Ne plus fumer, c’est retrouver votre pureté, ou montrer la puissance de votre volonté, ou conserver l’amour de votre ami(e) anti-tabac, ou être un bon père-ou-mère par rapport à votre chérubin joufflu que vous ne voulez pas intoxiquer… Bref tout ça, c’est du désir.
Ça veut dire deux choses :
- d’abord si vous faites cet acte « héroïque », ce n’est pas par devoir, mais par recherche d’un plus grand plaisir (oui, même si vous vous arrêtez parce que vous avez la trouille du cancer : le plaisir n’est autre que la cessation de cette souffrance-là).
- ensuite, la volonté est une fonction dont on peut se passer : si vous réussissez à vous arrêter, inutile d’évoquer la puissance de celle-ci, mais parlez plutôt de la force du désir. C’est très exactement ce que les psychologues nomment la motivation.
(1) Attention : il y aura bientôt une interro surprise.
**********************
Commentaire de Luc Dussart:
effectivement l'articulation volonté/désir est essentielle dans l'arrêt du tabac. Et encore plus que ce qui est dit là. La volonté NUIT à l'arrêt du tabac, et c'est le piège commun. Avec la volonté on TIENT quelque temps, alors que la bonne attitude est de LÂCHER...
Et s'il y a de bonnes raisons (rationnelles) pour cesser le tabagisme (santé, argent, proches, etc.), elles sont inopérantes comme l'a bien montré Bateson (Vers une écologie de l'esprit).
Ce qui permet l'arrêt, c'est la force de l'inconscient, de l'irrationnel, du désir. Et comme l'inconscient ne connait pas la négation, NE PLUS FUMER est pour lui incompréhensible : il ne capte pas.
Alors, alors, quelles sont les (seules) bonnes motivations à faire mûrir pour alimenter l'inconscient ? Des choses qui ne se PENSENT pas mais qui s'éprouvent, se ressentent.
Quelques compléments pratiques dans l'article :
Faire face aux envies de fumer, knol de Luc DUSSART :
http://tinyurl.com/6d8xy2
Saturday, August 12, 2006
Citation du 13 août 2006
Quand la merde vaudra de l'or, le cul des pauvres ne leur appartiendra plus.
Henry Miller
Le Challenge du jour : trouver, sur une pareille citation, quelque chose à dire qui soit intelligent, culturel et convenable pour les lecteurs bien éduqués qui fréquentent ce Blog.
La solution consistera non pas à appeler à la rescousse la psychanalyse et l’identification fantasmée entre les excréments et l’or (= trop facile !) ; mais plutôt à évoquer l’ART !
Et par exemple, ceci :
"Merde d'artiste", oeuvre de Piero Manzoni
(Merde d'artiste, "contenu net gr. 30, conservée au naturel,
produite et mise en boîte au mois de mai 1961,
produced by Piero Manzoni, made in Italy",
vendue au gramme selon la cotation journalière de l'or!).
Voilà, c’est d’une simplicité biblique. « La merde vaut de l’or » lorsqu’elle devient objet d’art ; et elle est objet d’art lorsqu’elle est prise dans un « geste d’artiste » cette sorte d’« installation » dont Duchamp a été l’initiateur avec ses ready-mades.
Maintenant, produire une telle « matière » est-elle un privilège réservé, comme l’affirme Henry Miller à une élite ? La question est directement liée à cette autre question : l’artiste est-il un être d’exception, ou bien chacun de nous peut-il être artiste s’il le veut ?
Il y a des tonnes d’essais sur cette question, je ne vais pas en rajouter. Je me contenterai de vous proposer une petite expérience : pour savoir si vous êtes un artiste, concoctez une petite boite comme celle de Manzoni (oui, avec le même contenu) ; et allez sur le marché la vendre.
Si vous y arrivez, alors oui, vous êtes à n’en pas douter un vrai artiste.
Friday, August 11, 2006
Citation du 12 août 2006
On a été très injuste avec Patrick Le Lay ; on lui a fait grief de sa phrase sur le temps de cerveau, mais on l’a séparée de son contexte. Tant qu’à faire de le citer, allons jusqu’au bout de sa pensée.
"Rien n'est plus difficile que d'obtenir cette disponibilité. C'est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l'information s'accélère, se multiplie et se banalise".
Autrement dit : on est bien obligé d’être des mécènes c’est à dire de soutenir la création, coûte que coûte, sinon c’est à une nouvelle « fuite des cerveaux » qu’on assiste.
Lisons les programmes de TF1 qui correspondent à ce beau projet.
[…] Bref, je n’en ai pas sous la main et vous connaissez aussi bien que moi la part du divertissement (entertainment disent les gens branchés) dans les programmes de grande écoute (prime time) : on peut juger comme on veut ces programmes et dire qu’ils sont bons puisqu’ils répondent à l’attente du public et que le public est « bon » (1). Mais ce qui est certain, c’est que « le changement permanent » n’y est pas l’indice d’une création, parce qu’elle celle-ci ne serait pas immédiatement lisible, parce qu’elle demanderait un temps d’adaptation, c’est-à-dire de réflexion. Et c’est là que la supercherie apparaît. Le Lay voudrait nous faire croire qu’il est condamné à l’excellence pour vendre son antenne à Coca-cola. Mais c’est le contraire qui est vrai : comment croire que ces cerveaux, capturés par les jeux de Lagaf’, puissent être réceptifs à la pub s’ils étaient déjà occupés à réfléchir ? C’est leur inaction dans la réceptivité qui compte.
Voilà donc décodée la pensée-Le-Lay : « suivre les modes, surfer sur les tendances », ça veut dire obtenir que tous ces gens regardent leur télé au lieu de faire autre chose ; il faut donc stimuler leur appétit d’images. Et puis, c’est du « cerveau humain disponible », ça veut dire : on contourne le cortex et on tape sur le cerveau moyen, celui de l’affectivité et des émotions ; peut-être même qu’on atteint le cerveau reptilien, qui sait ?
(1) C’est l’argument du même Patrick Le Lay quand on lui reproche de faire de la Trash-TV ; il dit « Vous méprisez donc tous ces gens qui nous regardent et qui nous aiment. »
Thursday, August 10, 2006
Citation du 11 août 2006
Wednesday, August 09, 2006
Citation du 10 août 2006
La publicité nous manipule, mais elle le fait d'une façon saine et claire puisqu'elle annonce la couleur.
Christian Blachas
Il est un peu gonflé Christian Blachas ! En somme il nous dit : « La publicité vous entube ? Oui, bien sûr ; elle est même faite pour ça. Mais elle le fait avec votre consentement. Vous étiez prévenu, n’est-ce pas ? Vous êtes responsables. »
Voyons ça d’un peu plus près.
Si le prisonnier, soumis à un lavage de cerveau est bientôt dépersonnalisé et se met à revendiquer le châtiment qui va le frapper injustement, et s'il est conscient du fait qu’il subit des violence, est-il pour autant responsable de ce qui lui arrive ? J’ai entendu des anciennes victimes du Goulag, qui en avait miraculeusement réchappé, dire quelles avaient sangloté comme des enfants à l’annonce de la mort de Staline. Complices ?
Mais sans caricaturer l’argument des publicitaires, disons que pour eux, si la publicité est efficace, c’est parce que nous l’aimons. Plus crûment : un monde sans publicité serait un monde triste, sans relief, sans plaisir. Donc… Mais « Donc » quoi ? Allons nous consommer les pâtes Lustucru parce que les petits hommes verts de la pub nous amusent ? Non, s’il n’y avait que cela on ne consommerait que la pub et rien de plus. Je me rappelle la pub pour la machine à laver Vedette. C’était l’époque de la mère Denis. Les publicitaires se sont aperçus au bout d’un certain temps qu’ils ne faisaient plus de la pub pour Vedette mais pour la mère Denis ; que c’était sa notoriété à elle qui en profitait et donc que les consommateurs avaient subverti le processus. Voilà ce qui se passe lorsque la pub se « contente » de faire plaisir, et donc lorsque c’est avec notre consentement qu’elle fonctionne. Autrement dit, cette histoire, c’est celle du manipulateur manipulé
Il faut donc que la publicité pour nous manipuler efficacement agisse sur notre inconscient et donc qu’elle soit un peu masquée…
Comment cela peut-il marcher, si effectivement nous savons qu’il s’agit de publicité ?
La suite à demain.
Tuesday, August 08, 2006
Citation du 9 août 2006
Mais n’oublions pas les masques rituels, dont la coutume africaine regorge (1) :
(1) Il s’agit d’un masque Dan de Côte-d'Ivoire