Monday, November 13, 2006

Citation du 14 novembre 2006

Avant tout, il faudrait ruiner dans l'esprit de nos maîtres une certaine idée de la discipline, idée fausse qui égare: c'est l'assimilation à quelque degré de la discipline scolaire à la discipline militaire.

F. Buisson - Article Discipline du Dictionnaire de pédagogie d'instruction primaire

La discipline dans les écoles a désormais d’ardents défenseurs, jusque dans les rangs des hommes politiques de gauche, certains se proposant même de la rétablir manu militari. Ferdinand Buisson dont le nom est sans doute le plus répandu au fronton de nos écoles est un adepte de la modération : l’écolier n’est pas un enfant de troupe, la discipline doit être limitée à ce qu’il faut pour que la vie commune et le travail de chacun soit possible dans la classe. Rien de plus. Pour lui, la discipline est un mal nécessaire : mal parce qu’il s’agit de brider « la liberté, la spontanéité, la gaieté de l'enfance » ; nécessaire toutefois, parce qu’aucune société ne saurait s’en passer. Et voilà la discipline ravalée au rang de règlement de la vie collective.

Ce n’est pas parce que Ferdinand Buisson passe pour un grand pédagogue qu’il serait le seul à avoir une idée sur ce que la discipline doit être. Voyons ce qu’en dit Kant: « La discipline est simplement négative ; c’est l’acte par lequel on dépouille l’homme de son animalité. » La discipline est pour lui, par l’apprentissage du respect et de l’autorité, un moment particulièrement important dans le développement de l’enfant : celui par le quel il va sortir de la toute petite enfance pour accéder à l’apprentissage de la vie sous la conduite des adultes. Ainsi, il y a un âge pour discipliner l’enfant : admettons que ce soit l’âge de sa scolarisation. Mais surtout, selon Kant, au-delà de cet âge, il devient impossible de le faire : et voici le sauvageon

Vous voilà prévenu : il faut prendre parti. Etes-vous adepte de l’école kantienne ou de l’école « buissonière » ? (1). Le critère, à mon sens, tient dans le rapport qu’on établit entre l’école et la famille. Pour Ferdinand Buisson, la discipline est un aspect de la vie sociale qui est totalement différent de la vie familiale : ici liberté et gaieté ; là ordre et uniformité. Pour Kant, la discipline accompage un moment du développement de l’enfant : voilà pourquoi elle ne saurait être foncièrement différente à l’école et dans la famille. C’est là que la discipline cesse d’être militaire, car faut-il le rappeller, les militaires sont des adultes.

(1) On pourrait consulter aussi Durkheim que je n’ai pas ici la place d’évoquer (sa position étant assez proche de celle de Kant). Voir en particulier L’éducation morale, aux PUF (coll. Quadrige)

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