Il y a premièrement le baiser du sein, de la bouche,
des yeux, de toutes les parties du visage; il y a le baiser mordant, qui se
fait par l'impression des dents sur la chair; le baiser de la langue, qui est
le plus doux, & le baiser des autres parties du corps : chacun de ces
baisers a des goûts différents, & tous sont capables d’amuser long-tems par
la nouveauté & la douceur qu'on y trouve.
L’Ecole des filles, ou la philosophie
des dames. (Anonyme – 1655)
L’École des filles.... Donc, la polémique sur l’école, l’égalité
garçons/filles, l’ABC de l’égalité etc. : déjà présent au 17ème
siècle ?
Hum… ce livre (1) entre plutôt dans la catégorie des
livres licencieux, et son argument est qu’il faut éduquer sexuellement les
jeunes filles par le récit de la femme expérimentée (1er Dialogue)
et par les travaux pratiques de la pucelle (2ème Dialogue). On
s’étonnera peut-être de trouver le sous-titre : « La philosophie des
dames » : qu’on se rappelle que nous sommes au 17ème
siècle, et que le terme « philosophie » est encore synonyme de
« science ». D’ailleurs c’est exactement le même sens chez Sade avec La philosophie dans le boudoir.
o-o-o
Bref, venons-en à l’essentiel : cette typologie
du baiser, document que je verse au dossier déjà assez conséquent que je lui ai
consacré et qu’on trouvera ici même.
Selon notre Anonyme, on peut classer les baisers selon
deux critères :
-
Celui de la localisation : on peut déposer un baiser sur le sein, sur
toutes les parties du visage, sur toutes les parties du corps.
-
Celui de l’instrument du baiser : on peut baiser en utilisant les dents ;
on peut baiser en utilisant la langue – cela en utilisant plus évidemment des lèvres qui
d’ailleurs ne sont pas mentionnées ici.
On peut aussi en définir l’effet : tous sont capables d’amuser long-tems par la
nouveauté & la douceur qu'on y trouve. Et donc, on ne doit négliger
aucun baiser quelque soit le lieu où il se dépose et de quelque manière
qu’on s’y prenne.
Maintenant, la question est : à quoi le baiser
sert-il ? La réponse se lit quelques lignes plus bas (c’est Fanchon,
la jeune pucelle qui parle) : « … à l'instant il m'embrassa; mais il
demeura un peu plus longtemps à ce baiser qu'au premier, parce qu'il avait mis
sa langue dans ma bouche, & je puis vous assurer que cette façon de baiser
me plût extrêmement : ce début me charma, & me fit prendre la
résolution de me prêter à tous ses désirs. […] »
Bref, comme souvent en amour, le plaisir du baiser n’est
que l’excitant pour des plaisirs plus grands encore
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(1) Que vous pourrez lire intégralement et
gratuitement sur le Net ici (merci Google !)
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