Wednesday, July 02, 2014

Citation du 3 juillet 2014



La race des gladiateurs n'est pas morte, tout artiste en est un. Il amuse le public avec ses agonies.
Gustave Flaubert – Correspondance
Allez ! Encore un petit tour du côté des artistes ? Ce n’est quand même pas si souvent, juste de temps en temps, quand on rogne leur maigre indemnité et qu’ils font alors beaucoup de bruit.
Dans la lignée des jugements hostile à leurs revendications, après Henry Miller (voir ici), voici maintenant Flaubert : l’Artiste est celui qui geint, qui agonise, longtemps, pour qu’on en profite bien. S’il se refuse à faire entendre cette belle plainte, qu’à cela ne tienne ! On n’a qu’à leur dire de se serrer encore la ceinture – d’un cran de plus…
o-o-o
Il amuse le public avec ses agonies… Evidemment, on pense à ces morts d’opéra où la Diva agonise en criant à plein poumons son désespoir de mourir à la fleur de l’âge. Ou bien à ces soliloques tragiques qui durent une demi-heure où le Héros, un poignard planté dans le dos nous explique qu’il a été, comme Samson, trahi par la femme qu’il aime…
Mais la comparaison de Flaubert va plus loin : il s’agit de faire de l’artiste un représentant de la race des gladiateurs, qui amusent le public de leur agonie. Un bon artiste est un artiste tragique, quelqu’un qui endure les affres de la mort ; certes, il ne meurt pas, sans quoi plus de lamentations, plus de larmes, plus d’émotions dont nous nous repaissons. Mais il sait nous le faire croire.
On dira sans doute que tout cela a bien changé : Flaubert, encore plein du souvenir du romantisme, pense sans doute à ces artistes qui ne peuvent créer qu’en s’arrachant les tripes pour les exposer au grand jour.
Que voulez-vous, les temps ont changé. Les artistes d’aujourd’hui sont descendus de leur Parnasse et ils nous expliquent qu’ils ont exactement les mêmes problèmes que nous, avec leurs fins de mois qui commencent le 15 et les mioches dont il faut payer la crèche.
Quelle déception ! Moi, j’imaginais les artistes regroupés en joyeux Phalanstères où chacun vivait de l’air du temps, ou bien encore comme le peintre, pieds nus dans son atelier, pendant que les galeristes font la queue pour lui offrir des contrats mirobolants…

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