Thursday, December 03, 2009

Citation du 3 décembre 2009

Le bon juge condamne le crime sans condamner le criminel.

Sénèque

L’inconvénient avec des sentences comme celle-là, c’est qu’on peut en tirer la conclusion qu’on voudra.

Du genre : « Nous ne jugeons pas l’homme mais en punissant son crime, nous espérons seulement l’empêcher de récidiver. Nous lui coupons la main (ou la tête) uniquement dans ce but.

Ce genre d’hypocrisie est risible. Pourtant on pourrait se dire que le message de Sénèque va un peu plus loin, et qu’il nous encourage à faire confiance à l’homme, parce que le criminel est toujours aussi un homme. Qu’est-ce à dire ?

- D’abord que le châtiment doit être proportionné au criminel (et à sa petitesse disait Victor Hugo - Voir notre Post du 5-3-2008)

Ce qui signifie alors que le châtiment n’est pas de l’ordre du talion, mais qu’il doit prendre en compte la réalité de l’homme qui a commis le crime. Les amendes infligées pour certains délits ne sont pas seulement calculées en fonction de sa nature, mais aussi des ressources du délinquant.

- Ensuite que le délinquant n’est jamais criminel de la tête aux pieds, 24 heures sur 24 et 365 jours par ans. Si le délit n’est pas lié à une pathologie, comme chez les pervers obsessionnels ou certains psychotiques, il est un choix fait par le criminel, qui l’engage certes, mais par rapport au quel il peut tout aussi bien faire d’autres choix et s’orienter autrement.

Voilà : je crois que c’est comme cela qu’il faut lire la sentence de Sénèque : si nous considérons que la sanction est nécessaire pour que la communauté accepte de réintégrer le criminel dans son sein, il ne faut pas croire qu’elle pourra l’obliger à opérer la mutation qui ferait de lui un honnête homme. Cette mutation, il est le seul à pouvoir la décider, et on sait bien que la prison ne contribue pas forcément à rendre les gens plus honnête.

2 comments:

MLL said...

"Cette mutation, il est le seul à pouvoir la décider"...excusez moi mais je n'en suis pas sûre. Connaissez-vous Tim Guénard ? Certes, ce n'était pas du tout un criminel, mais il était bien mal parti dans la vie. Qu'est-ce qui a fait qu'il a changé ? Des rencontres...de bonnes rencontres.

Jean-Pierre Hamel said...

"Cette mutation, il est le seul à pouvoir la décider"...excusez moi mais je n'en suis pas sûre. Connaissez-vous Tim Guénard ? Qu'est-ce qui a fait qu'il a changé ? Des rencontres...de bonnes rencontres.

- Je ne connaissais certes pas Tim Guénard, mais je comprends qu’il doit sa métamorphose à un environnement humain radicalement différent de celui qui a accompagné son enfance.
- Alors, oui, sans cela il aurait bien pu basculer dans le crime. Mais je persiste à croire que sans un choix, je dirais sans une « conversion » morale, il n’y a pas d’honnêteté. Il faut que notre homme se reconnaisse dans la vie honnête et trouve que le crime lui est étranger : et ça, c’est un choix. Sinon on serait dans le conditionnement, vous savez, un peu comme Alex, le héros d’Orange mécanique, qui est conditionné à ressentir des nausées devant le crime.
- Certes : le choix de l’honnêteté, comme celui du crime est induit par l’environnement humain. Mais il reste tout de même finalement ce qui engage la responsabilité du criminel ou de l’honnête homme.
Comme on dit souvent : tout le monde ne devient pas un délinquant dans les quartiers difficiles, tout le monde ne reste pas honnête dans les milieux favorables.